• Sylvie

Science politique - 3

3) l’annualité et la rotation

On élit les rhéteurs, un orateur, qui correspondent à l’homme politique. A Athènes l’idée c’est qu’il n’y a pas de professionnalisation du corps politique, chacun apprend à commander et à servir, mais il y a quand même des chefs, un professionnalisation à travers les rhéteurs.

Le tirage au sort concerne beaucoup de monde, et les fonctions durent 1 ans. Les bouleutes préparent les délibérations de l’Assemblée du peuple. Cette boulê est une magistrature collégiale, à la tête de l’administration publique. Les dèmes (les territoires athéniens) ont droit à désigner un certain nombre de bouleutes, un peu comme, dans une république fédérale, une assemblée représente les E membres de la fédération. La boule se réunissait tous les jours ouvrable (environ 240 jours), contrairement à l’ecclésya qui se réunissait 30 à 40 fois pas an. A côté de cela 6000 héliastes, également tirés au sort.

Au sein de la boule on vote par écrit.

Annualité des fonctions : on ne pouvait exercer une magistrature qu’une seule fois dans sa vie. On pouvait être bouleute deux fois dans une vie, mais pas deux ans de suite. Cela signale le principe de la rotation dans les charges publiques, indissociable du tirage au sort (pour lequel, rappel, il fallait se porter candidat). L’idée est d’obliger le citoyen à s’investir politiquement.

C’est aussi l’idée d’une égalité concrète des citoyens, quel que soit le niveau de fortune, et être tour à tour gouvernant et gouverné, chose étrangère à la démocratie représentative moderne.

C’est donc l’alternance politique qui est à la base du modèle athénien, et pour toutes les cités en Grèce qui se reconnaissait dans ce modèle – même si Sparte essayait aussi d’imposer son modèle de son côté, ou quelques grandes autres cités comme Syracuse.

C’est l’antithèse de la Rome républicaine, dans laquelle les magistratures sont réservées aux plus riches ayant effectué le cursus honorum, et non aux plébéiens.

Toutes les cités antiques sont sous un régime censitaire, à Rome cette opération est réalisée par les censeurs qui enregistrent et rangent les citoyens romains en fonction de leur pratrimoine dans les centuries (192) : 18 centuries de chevaliers (d’où sortent les magistrats), 80 centuries de 1ère classe, 20 de deuxième classes, 20 de 3è, 20 de 4è et 35 de 5è, à quoi s’ajoutent des centuries d’artisans, etc. A Rome on votait ainsi par centuries, et l’oligarchie était certaine de conserver éternellement le pouvoir.

A la fin de la république l’oligarchie s’est divisée et les comices centuriates ont été remplacés par les comices tributes où prédominait l’élément populaire.

Vivre dans le « bon ordre » : eumonia en grec. Chaque cité se rêve éternelle, et chaque cité est éternelle lorsqu’elle vit dans le bon ordre ; la cité craint les conflits civils, la stasis. Dans ce sens l’ostracisme pouvait été décidé par l’ecclésya, c’est-à-dire d’être exclu de la cité, d’être un homme sans appartenance politique ; c’est comme cela que se réglaient la majorité des conflits politiques à Athènes.

Dans la Rome républicaine les divisions politiques résultent des divisions de l’oligarchie : il va y avoir de véritables batailles, et les magistrats ne vont pas hésiter à soudoyer, à utiliser le trésor public et à faire des joutes violentes. Quelques mesures, comme la brigue, ont été mises en place mais sans succès.

Les crises politiques montrent que la cit romaine est en crise ; Rome n’est plus un république mais une cité impériale sous l’impulsion d’Octave Auguste.

Max Weber, Conférence sur le politique : « le métier est la vocation d’hommes politiques ». Il distingue, dans cette conférence, deux manières de faire de la politique : ou on « vit » de la politique, on en fait son métier, ou bien « on s’intéresse à la politique », c’est-à-dire on vit « de » la politique. L’idéal Athénien était de vivre pour la politique, loin des rétributions, même si dans les faits il y avait des « cadeaux », pots-de-vins donnés, donc c’est un mode d’enrichissement comme un autre quelque part.

4) le contrôle politique exercé par le demos athénien

Forme de contrôle politique brutal exercé sur les citoyens grecs. Puisque la démocratie athénienne fait participer tous les citoyens au pouvoir suprême, via le démos, il suffisait de se présenter pour exercer une charge civique adaptée à ses capacités.

Le tribunal, composé de citoyens pauvres, était un instrument de contrôle politique donc l’accès était simple, et dont les fonctions étaient exercées par le demos. Les citoyens tirés au sort pour exercer les fonctions de magistrats étaient en capacité de le faire : contrôle, après le tirage au sort, exercé ici par la juridiction populaire, le tribunal du peuple, la docimasie qui permettait d’écarter le citoyen tiré au sort qui n’avait pas les qualités attendues pour exercer les fonctions. Comptait la piété familiale, le respect de la religion, le respect des obligations fiscales et militaires, cf docimasie.

Autre procédure qui existait à Athènes, toujours devant le tribunal du peuple, euthynai, c’est-à-dire l’examen des comptes des magistrats sortant. Tout citoyen grec pouvait porter contre un magistrat une accusation devant l’ecclesya, et si elle était soutenue par la majorité de l’ecclésya le magistrat était suspendu dans l’attente d’un jugement pas l’assemblée du peuple qui soit condamnait, soit acquittait.

Autre action publique à Athènes : la graphe paranomon, action destructrice, ho boulo menos (tout citoyen public) contre le rhéteur (l’homme politique) qui a proposé ou fait voter une loi contraire à la constitution (à la politeia) en vigueur. Ce contrôle, tel qu’il était exercé, rappelle le contrôle de constitutionnalité et de légalité. C’est l’action du citoyen qui peut déboucher sur la mise en accusation contre celui a proposé un peuple ou qui a fait voter un texte contraire aux lois. Ici originalité par rapport aux contrôle contemporains : c’est l’initiative politique du citoyen qui est jugée, mais pas le vote de l’assemblée ; en d’autres termes celui qui est poursuivi c’est le citoyen qui est visé en tant qu’acteur de la vie politique. C’est le tribunal du peuple qui décidera du sort de la décision prise : si elle est conforme à la constitution et aux loi d’Athènes ou, au contraire, si elle est jugée non-conforme, dans ce cas elle est annulée et celui qui a pris l’initiative est condamné à une peine d’amende qui pouvait être soit modeste soit élevée (dans ce cas être débiteur à vie de la cité et perdre ses droits civiques, ce qui est le déshonneur complet pour le citoyen grec, ce qu’on appelle atimie).

Hansen : « le tribunal du peuple et son contrôle exercé sur les chefs politiques athéniens st sans équivalent dans l’histoire du monde ».

Dernier type de procédure, l’eiesangelie : la dénonciation devant le peuple assemblé. Elle est portée par un citoyen contre un autre qui a troublé le bon ordre, l’eunomia, de la cité. C’est le crime politique par exemple, peut correspondre à la trahison par exemple. C’est ce qui attendait en général les stratèges, cf Démistocle qui a du quitter Athènes et se réfugier chez le roi de Perse.

5) Un système politique voué au déclin

Le système des poléis a fini par péricliter. Pourquoi ? Ce système fonctionnait par et pour les citoyens et pour lui-même et sur lui-même. Il aboutissait à une impasse et ne pouvait pas évoluer, leur idéal était en quelque sorte le « fixisme », que rien ne change. Donc conservatisme inhérent qui a conduit au déclin. De plus aucune cité grecque n’a jamais prétendu s’étendre au-delà de ses limites, aussi bien sur le plan militaire qu’économique ; ni Athènes, ni Sparte, ni Thèbes n’ont jamais cherché à unifier politiquement la Grèce, ce qui est tout le contraire de l’histoire romaine : à partir de l’Italie elle va étendre son empire sur le reste du monde.

Qui fera l’unité de la Grèce ? Le roi de Macédoine, aux frontières de la Grèce, Philippe II de Macédoine (les macédoniens ne vivent pas en cité), père d’Alexandre le Grand qui, avec une armée disciplinée, va écraser les cités grecques qui voulaient maintenir leur indépendance à la bataille de Chéronée. Alexandre le Grand va homogénéiser les cités grecques.

L’impérialisme n’est pas le stade suprême de la cité grecque, pour répondre à Lénine : Athènes avait une flotte de guerre considérable mais elle ne l’a jamais fait au service d’un impérialisme militaire ou économique mais à protéger ses ressources.

Les oligarchies, finalement, n’étaient pas aussi avides de richesses. Marx, comme Aristote, distingue l’économie qui se limite à l’acquisition des biens nécessaire de celle qui est l’acquisition illimitée de richesse (qui est l’esprit du capitalisme).

Le corps civique a été élargit pour les romains, ce qui contraste avec la vision grecque. Pouvait faire partie de ce corps civique les personnes acceptant de servir les intérêts militaires et économique de l’empire romain. Étendre la citoyenneté a ainsi été une stratégie fructueuse : l’avenir c’est les sociétés plus « ouvertes ».

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