• Sylvie

Science politique - 2

Louis Dumont : « l‘idéologie est définie comme l’ensemble des idées et valeurs communes dans une société à laquelle adhère la conscience collective commune des individus », c’est-à-dire des valeurs collectives (Essai sur l’individualisme). Dumont est le théoricien du holisme.

La modernité d’Athènes réside peut-être parmi les autres cités grecques qu’elle serait moins holiste, par rapport à Spartes qui a une constitution totalement holiste.

La cité domine la religion, la famille, les structure tribales, les rites funéraires ou de commençalité (??), la police est organisée et fonctionne pour le citoyen mais le polites, le citoyen n’existe que par et pour la cité, il ne vit pas pour lui-même.

Qu’est ce que la cité ? Peut-être qualifié « d’Etat des citoyens » ou plutôt « communauté » pour ne pas moderniser ; la politeia, le gouvernement de la cité, c’est « le corps social lui-même ».

Hansen : tout citoyen aurait pu dire « L’État c’est nous, les citoyens ». Pour rappel 752 poléis, de tailles diverses.

Conscience collective ou commune : pour la définir, cf Durkheim, critiquée comme étant peu scientifique, « nous avons en nous au moins deux consciences, l’un contient des états psychologiques qui sont personnels à chacun d’entre nous [qui nous caractérise en tant qu’individu], tandis que la conscience collective, commune, contient les états psychologiques qui sont communs à toute société ». On a une seule conscience individuelle mais on a plusieurs consciences collectives en fonction des groupes auxquels on choisit de se rattacher. La conscience individuelle ne fait que représenter la personnalité individuelle, la conscience collective représente le groupe auquel nous sommes socialement rattaché. Durkheim prenait l’exemple des interdits alimentaires. In Division du travail social « sans doute, en raisonnant dans l’abstrait, on peut démontrer qu’il n’y a pas de danger à consommer de la viande […] mais une fois que l’horreur s’installe [le tabou] on ne peut s’en détacher et conséquences sur le lien social » (citation approximative).

Exemple contemporain : en 1946, au moment de la république indienne et de la naissance du Pakistan, des nationalistes hindouistes ont monté une société de la vache pour s’affirmer par rapport aux musulmans et aux chrétiens. En marqueur social on peut noter les vêtements ; en Grèce antique, par exemple, les spartiates avaient les cheveux longs et étaient reconnus par cela.

Dans la cité grecque on ne peut pas séparer la conscience individuelle du polites de sa conscience politique. Spartes est l’idéal-type (formule de Weber) de la communauté holiste, elle tend même à une forme de communisme. L’animal à Athènes, Sparte, Syracuse, n’a rien à voie avec l’homo economicus d’aujourd’hui – contrairement à l’homo politicus.

L’homo economicus est un « animal économique » c’est l’hilote, un esclave par nature (cf Aristote, théoricien, seul l’homme libre peut être politique [dont le corps est « adapté »]). Donc la polis est vraiment une société à « corps » dont on n’échappe pas.

A l’époque de Périclès il n’est pas possible donc d’échapper à la condition politique, la cité était « un réseau d’association qui créée un sentiment d’appartenance commune » : c’est aussi une communauté de communautés. Par exemple si on ne participe pas à l’ecclesya on pouvait assister à l’assemble de dèmes (demos, le peuple, subdivisions territoriales et du peuple) : à un moment ou un autre on est toujours amené à participer à une association. Le citoyen est formé pour aller au rythme de la cité.

3) La polis : un peuple et un territoire

Hansen : il y a une différence fondamentale entre la polis de l’antiquité et l’État moderne : la polis serait identifiée d’abord à un corps, se retranche derrière Aristote : la cité est une communauté de citoyens participant au système politique, la politéia. En cela Aristote ne parle pas de territoire – c’est un peuple. La polis est par essence un territoire, Aristote n’en parle pas car cela va de soit : le citoyen est un urbain.

La polis est ce qu’on pourrait appeler un micro-E territorial. Ils ont toujours existé dans toutes les parties du monde, Grèce, Rome, Europe féodale (les seigneuries sont des micro- E territoriaux), ou Liechtenstein, Andorre, Monaco, Luxembourg, etc.

Rome va connaître une dissociation entre peuple et territoire puisque la Rome républicaine est en exposition continue, ce qui fait qu’on est citoyen, civis, est qu’on est dans la « famille », qu’on fait partie de la République romaine, signifie plutôt « con-citoyen ».

La plupart des citoyens romains vivent en dehors de la ville, il a une patrie locale donc deux patries. Cicéron : « nous nommes patrie celle où nous sommes nés et celle qui nous adoptât mais nous [devons notre amour à la première]. Rome s’est transformée en même temps qu’elle a prétendu devenir un empire universel.

Athènes est le contraire d’une polis : c’est un territoire dont les citoyens n’ont pas d’autre vocation que de vivre sur le territoire, il n’y avait pas d’idée nationale grecque.

Hansen : « il ne suffit pas de naître sur le territoire d’Athènes pour être athénien » : on est citoyen athénien par le droit du sang et non par le droit du sol.

Schmidt (le Nomos de la terre) : « les grands actes fondateurs du droit sont des localisations liées à la terre, ce sont des prises de terre, des fondations de cités, des fondations de colonies ». L’acte fondateur est finalement la sédentarisation, en complet décalage avec Rousseau dan s Essai sur l’origine des inégalités parmi les hommes où il déplore les prises de terre, l’enracinement. Pour expliquer l’origine des inégalités « que des crimes, de guerres, de misère et d’horreur n’eut-on épargné au genre humain […] si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne » : on s’approprie un sol, on y bâti, on créée également le droit de propriété ; pour lui l’E idéal c’est un E de nature où l’homme est une espèce de grand singe à la force considérable qui vivrait de cueillette en s’accouplant de temps en temps. Cf Abel (le nomade) et Cain (le sédentaire), vieil antagonisme qui s’est poursuivi dans le temps (Cain veut dire « possession », est supposé avoir créé la première ville, du premier espace politique).

752 cités, 752 peuples et, évidemment, 752 territoires ; on peut pas dissocier peuple et territoire. Dumézil souligne que les sanctuaires de Mars, dieu de la guerre, étaient non pas dans la ville où la paix doit régner mais en dehors, sur le territoire extérieur d’où vient tous les dangers, règle à la fois politique et religieuse ; les déclarations de guerre des romains étaient faites par des prêtres spéciaux, qui jetaient des lances sur le territoire ennemi, ce qui sous-tend l’existence de frontières, qui étaient sacrées : le territoire a une fonction essentielle dans l’antiquité.

4) La polis : une communauté de citoyens en arme

Weber : la cité est une « guilde de guerriers ». L’apparition, par exemple, des hoplites manœuvrant en ordre serré marquerait la naissance de la cité démocratique : on ne va plus combattre de la même façon que dans les sociétés aristocratiques ou royales, c’est-à-dire avec un char, en combat individuel etc ; l’armée manœuvre, on a l’esprit de corps donc une cité en arme.

Il fallait donc suivre l’exemple de Spartes, c’est-à-dire faire de la cité une armée d’hoplites disciplinée. Attention il y a quand même un classification : tous les citoyens sont égaux et doivent servir leur ville mais tous ne servent pas l’arme de la même façon, tous ne sont pas hoplites (classe des euguites.??) c’est aussi avoir les moyens de se payer son armement. Les plus riches étaient cavaliers, d’autres s’occupaient de ramer ; en fonction de la classe sociale un rôle militaire, obligatoire, était dédié.

C’est évidemment à Spartes que la chose est devenue la plus inintéressante puisque le collectif de la cité ressemble à une caserne : c’est une démocratie de guerriers, le Spartiate appartient corps et âme à la communauté pour laquelle il meurt (cf Léonidas et les 300 spartiates). Autrement que par les qualités guerrières il y a une volonté d’homogénéité, de conformisme maximum. Les historiens la qualifient de proto-archaïque car totale construction idéologique.

Le système éducatif est particulier (l’agoge) qui remplace le principe de famille, qui n’existe pas. Le principe qui commande est la classe d’âge : jusqu’à l’âge adulte fonctionne par groupe de pairs mâles, binôme de guerrier expérimenté et un jeune. L’enfant est enlevé à 7 ans de sa mère et vise à donner à l’enfant la « vertue tandreia », le « courage discipliné ». Le système est à la fois égalitaire à l’extrême et également concurrentiel dans le sens où le but d’un jeune spartiate est d’appartenir à l’élite militaire, les 300 gardes royaux qui accompagnent le roi. A Sparte on pratique l’eugénisme, on décide dès la naissance si on doit vivre ou mourir et l’enfant était tué s’il n’était pas considéré en bonne forme.

La vie militaire c’est appartenir à l’élite militaire ; de 12 à 0 ans on rentrait dans l’armée spartiate et quitter cette vie de caserne à l’âge de 30 ans, âge auquel le spartiate avait droit à sa maison et invité à prendre femme. Ce système de binôme et de vie militarisée rappelle la vie des chevaliers du 10è au 13è siècle.

Comment le spartiate subsiste ? Pour lui et celle de sa famille il recevait un lot de terre, de laquelle il n’était pas propriétaire. Il reçoit ce lot et, pour y travailler, il a a sa disposition des hilotes mis à sa disposition par la cité ; ce ne sont pas des esclaves mais quelque chose qui rappelle le servage. Le périèques, ceux qui vivent en dehors de Spartes, vivent de leur travail, ils ont leur propre cité, sorte de citoyens de « seconde zone » mais n’ont pas tous les droits des citoyens. Ils ne participent pas à l’assemblée du peuple. Schématiquement il y a une aristocratie, de 1000 membres environ, puis les hilotes et les périèques.

On voit le système entièrement militarisé. Sur le plan économique ils participaient collectivement aux financement des activités. Ce modèle a servi pour certaines utopies.

Les périèques appartiennent au peuple de Lacédémone mais n’ont pas les mêmes droits que les spartiates ; ils cultivent une terre et peuvent l’exploiter, mais cette terre est la propriété de l’E tandis que le périèque est le possesseur du terrain (cf régimes communistes où l’E peut retirer à tout moment).

Problème de ce régime et de la Grèce : problème démographique important dans le sens où on assiste à un déclin démographique, un non renouvellement des générations. La propriété foncière est progressivement revenue à quelques mains, et à la fin de la splendeur spartiates ils n’étaient plus que 700 (contre 10 000 au départ).

B. Des poleis « bien trop démocratiques »

Pourquoi les cités grecques ont disparu ? Par ce que les poléis étaient toutes sans exception « bien trop démocratiques »,Zillman]

Attention toutes les cités grecques étaient démocratique mais « plus ou moins démocratiques ». Avec des yeux moderne ce n’est pas comparable aux démocraties actuelles (division avec esclaves, étrangers, métèques), donc cités très inégalitaires de part la composition sociale.

Les grecs inventent le pouvoir du demos, du peuple, de la communauté des citoyens. Dans la polis démocratique, dont l’exemple-type est Athènes, principe fondamental d’eluteria, principe de liberté – qui ne vaut que pour les citoyens. Ne vaut pas pour le métèque, l’étranger, la femme. Le demos, même à Athènes, ne doit pas s’élargir, s’ouvrir aux autres. Périclès fait adopter en 541 une loi qui réserve la citoyenneté athénienne à l’enfant mâle né d’un citoyen athénien et de son épouse athénienne : officialise le droit du sang pour l’acquisition de la citoyenneté, n’est pas propre à Athènes.

En 212, l’édit de Caracalla est supposé avoir attribué la citoyenneté romaine à tout l’empire – même si à voir. Rome c’est plutôt un élargissement continu en servant dans les légions romaines.

1) particularité de la démocratie athénienne : la démocratie directe.

En d’autres termes la Grèce n’invente pas la démocratie représentative, on exerce directement ses droits de citoyen. L’originalité d’Athènes réside dans le pouvoir politique énorme qui est reconnu au peuple assemblé, l’ecclesya, qui est réunie sur la colline de la Pnyx. Elle se réunit 30 à 40 fois par an, décidait à la fois de la politique intérieure et extérieure. Toutes les décisions importantes sont prises par le demos réuni en assemblée, on dit qu’il est kyrios (souveraine), qui correspond à l’imperium romain, le pouvoir à caractère politique.

La cité d’Athènes est très importante pour la Grèce (en général les autres sont pas très peuplées), environ 30 000 citoyens (alors qu’on peut réunir que 6 000 citoyens dans les assemblées). Pour la participation tout dépend de l’ordre du jour (une quarantaine d’assemblées par an).

Y assistent les citoyens qui ont 20 ans et plus, une fois service militaire terminé. L’assemblée de réunie à l’invitation des prytan, c’est-à-dire un collège de présidence dont les membres sont des boulotes, également membres de la boulê. Va être délibéré seulement des projets de loi et décrets proposés, en réalité, par la boulê. Le Demos est donc kyrios et, au sein de l’assemblée, tout citoyen qui se déplace est rémunéré, on paie le prix de cette journée de travail. Tout citoyen qui le désire peut venir et il y a un véritable droit d’expression politique, le citoyen lambda « ho boulomenos », il peut prendre la parole de façon libre et prendre même des initiatives politiques.

Cette liberté, telle qu’on l’expose, n’est évidemment pas la même aujourd’hui. Mais le métier de prendre la parole est rapidement pris par les reteurs, à Athènes, qui sont en réalité les hommes politiques qui se sont suffisamment signalé par leurs prises de paroles pour pouvoir réunir derrière eux, se distinguer et faire voter. La participation directe des citoyens se résume donc plutôt à lever la main ou huer. Alors que le principe même est qu’il n’y ait pas de professionnalisation il y a en a une, on apprenait à parler dans les écoles de rhétorique (Lysias, par exemple, tenait une école). Les voix étaient décomptées à main levée par des membres élus, on faisait ensuite une moyenne.

A Rome, au seins des comices centuriates, on faisait écrire avec de la cire le vote du citoyen.Ce n’était as un système de démocratie directe, on vote par centurie, chacune a le même poids, réparties selon des classes. Le vote s’arrêtait plutôt rapidement, les votes des premières classes étant souvent d’accord ; l’oligarchie a ainsi conservé le pouvoir jusqu’à la fin de la République – sur-représentativité des riches par rapport aux pauvres.

2) le tirage au sort plutôt que l’élection

Là aussi particularité du système athénien : on y préfère le tirage à l’élection. La plupart des grandes fonctions ou des magistratures à Athènes sont confiées à des magistrats tirés au sort parmi les citoyens de 30 ans et plus. Il y avait à peu près 700 charges de magistrats, plus de 600 étaient par la voie du tirage au sort. 30 ans = espérance de vie de 25 ans, « âge de la maturité », on devient « conservateur » c’est-à-dire sage – la cité est conservatrice, on se méfie des jeunes guerriers dans la force de l’âge pas forcément capables de prendre les bonnes décisions. Les charges publiques excluent donc la jeunesse, les 20-30 représentent 1/3 du corps civique ; 1 citoyen sur 3 ne peut pas exercer ces fonctions de magistrat et être tiré au sort.

A Sparte « c’est pire » : la géroutie, les gérontes au nombre de 28 constituait l’équivalent du Sénat et exerçaient les principaux pouvoirs judiciaires et politiques, c’était l’élément stabilisateur.

Jle jeune citoyen athénien pouvait participer à l’ecclesya mais pas être désigné magistrat. Il y a également le Conseil de 500, important. Les jurés, les bouleutes, étaient tirés au sort – a moins une fois dans sa vie, en général, le citoyen était bouleute, c’était une obligation civique de participer à la vie politique.

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