• Sylvie

Science politique - 1

Introduction

I. La science politique et l’enseignement universitaire

Paris 8 a été construite en 1969 à Vincennes, on y allait surtout pour des raisons politiques. Il y a avait diverses personnalités d’extrême gauche, dans la foulée de mai 68, et les étudiants les plus politisés ont choisis de fréquenter cette université – c’est son histoire politique.

A l’époque : « science juridique et politique ».

La politique se résumait à étudier Karl Marx et le « socialisme scientifique », formule créée par Joseph Proudhon, « meilleur ennemi » avec qui il partageait un certain nombre d’idées.

Pourquoi étudier la sienco po ? Les juristes, dès l’université médiévale, se sont intéressés à la science politique, où ils se disputaient d’ailleurs la politique avec les théologie et les légistes. L’enseignement de la science juridique et politique va apparaître tardivement, au 19è, sous le second empire puisque la science économique y apparaît aussi, sous l’impulsion du ministre de l’instruction publique sous Napoléon 3. Son enseignement va être généralisé dans l’ensemble des facultés de droit, ce qui n’est pas étonnant au vu du droit (droit de propriété etc) certains juristes, par dégoût du droit, dont Gide, partiront vers l’économie « par effet répulsif des études de droit ».

A Paris VIII il y a l’UFR de droit : le champ économique a pris ses distance jusqu’à devenir autonome en tant que discipline à part entière ; même chose pour la politique. Paris VIII avait même un département de sciences politiques, mais les enseignants et chercheurs sont partis vers d’autres UFR.

Domaine divisé en 2 groupes : section 01 on y retrouve le droit privé et les sciences criminelles, section 02, le droit public, et dans la section 03, l’histoire du droit et section 04 : c’est la science politique. Cette dernière apparaît comme une section séparée mais longtemps la section 02 a été droit public et science politique. Pourquoi une section autonome aujourd’hui ? Division récente, de 1972, avec en parallèle création d’un concours d’agrégation spécifique à la science politique, et en 69 création d’un doctorat de science politique (alors qu’on était autrefois professeur de droit public et de science politique).

Ce qu’on appelle aujourd’hui la « conférence des doyens » est précisée par « de droit et de science politique »

L’intérêt de la science politique, qui intéresse donc dès l’université médiévale, est reformatée au 16è : la science de dieu pas à voir avec la politique, même si le couple est difficile à dissocier.

L’intérêt porté pour la science politique se fait au lendemain de la défaite de 1871, mise sur le compte d’une mauvaise formation des juristes à la science po entres autres, Butmy créée l’école libre de science politique. Elle va être financée par des figures marquantes : l’historien et homme politique Guizot, personnage politique considérable entre 1815 et 1848 (président du Conseil au moment de la révolution de 1848), libéral conservateur et protestant. Hippolyte Taine (1815-1893), lui aussi conservateur libéral. Également un certain nombre de banquiers protestants.

Pourquoi cet intérêt donc ? A replacer dans le contexte de défaire militaire humiliante franco-prussien. Le projet vise à une réforme intellectuelle et morale du pays, la « revanche » sur le Reich de Bismarck, avoir des élites qui soient prêtes à être encadrées. Projet élitistes, libéral-conservateur et patriote, et l’école libre va jouer le rôle de l’école nationale d’administration (ENA). Similitudes De cette école sortiront 37 des 40 candidats retenus à l’époque du Conseil d’État. Ils fourniront également 34 sur 37 inspecteurs des finances. 9 membres sur 10 de la Cour des comptes. C’est donc une pépinière de cadres administratifs et politique.

L’école n’existe plus sous cette forme mais elle existe toujours sous une autre forme : nationalisée, elle a donné l’IEP, à Paris et en province.

Sur la distinction disciplinaire : faut-il relever aujourd’hui de la section 04 pour faire de la science politique ? La réponse est forcément négative. Est-ce que la science politique est devenue une science autonome ? Pas vraiment, si on reprend un grand sociologue français, Durkheim (1858-1917) : « à mesure que la sociologie se constitue (née en même temps que le socialisme, note du prof), elle se sépare de plus en plus nettement des sciences politiques » in Science Sociale et action, spéculation, bâtarde à moitié théorique et pratique, à moitié science et art que l’on confond encore quelque fois à tors avec la science sociale ». Travers universitaire courant qui consiste à se distinguer des autres.

L’opinion négative de Durkheim, qualifiée de spéculation bâtarde, que l’on confond souvent à tors avec les sciences sociales, correspond à la querelle universitaire qui tend à la division, à la spécialisation du travail où chacun veut rester maître dans son carré.

La science politique moderne a une approche pluri-disciplinaire, et le spécialiste peut se diriger vers la sociologie politique s’il le souhaite, ou de l’anthropologie politique (même si plus d’existence autonome en tant que discipline). Restent les économistes, à qui revient l’économie politique ; donc tout est politique, et on peut aborder la discipline selon des angles divers, c’est-à-dire avoir une approche historique et politique, juridique et politique, etc, avec bien sûr les philosophe qui ont investi le politique depuis longtemps.

On doit la science politique aux grecs mais surtout au fait qu’elle ait été pensée par des auteurs comme Platon, qui a écrit la République (la politéia) et les Lois. La Politique ou Les politiques est aussi l’ouvrage d’Aristote. C’était alors une réflexion sur la cité dont ils étaient citoyens. Thucydide,qui théorise les formes bonnes et mauvaises des régimes politique (monarchie/tyrannie ; aristocratie/oligarchie ou plutocratie ; démocratie/l’oclogratie??)

Schmidt « aucun système politique ne peut se maintenir plus d’une génération en se maintenant sur le simple technique du maintient au pouvoir. Au politique appartient l’idée, parce qu’il n’existe pas de politique sans autorité, et pas d’autorité sans etos de la conviction » : si on fait de la politique il faut avoir des convictions.

II. L’invention du politique et de la science politique par les grecs (polis, la cité grecque)

Vue d’Europe nous devons tout aux grecs : Platon et Aristote on pensé et repensé la polis grecque et étudié les cités dont ils étaient les citoyens qui étaient à leur yeux des unités politiques parfaites, c’est-à-dire les poléis, la vite en cité.

Les allemands ont été fascinés par la cité grecque et en particulier Sparte, la cité par excellence guerrière, cf Platon, même s’il revient dans ses textes à un modèle plus mixte.

Aristote, théoricien et historien des constitutions grecques au moment, curieux, où les cités grecques étaient à la fin de leur existence politique, vaincues par Philippe de Macédoine en -338 av JC où elles perdent leur autonomie politique et où il leur interdit de se faire la guerre.

Max Weber va définir la cité grecque comme une cité de guerriers, où on est à la fois un citoyen et un guerrier.

Les cités grecques disparaissent et le fils de Philippe, Alexandre de Macédoine, va helléniser tout l’Orient et l’idée de l’empire est en totale contradiction avec celle de polis. Rome, qui est un bel exemple de cité au départ, va progressivement évoluer, grandir et devenir une « cité-monde », l’antithèse parfaite de la cité grecque.

A. La polis grecque et la perfection politique

Politeia : le terme vient du grec, signifie « le gouvernement de la cité », c’est la science du gouvernement de la cité issu d’un groupement à caractère politique. Deux visions qui s’opposent entre historiens et sociologues : d’abord une vision germano-anglo-saxonne, de Weber, qui suggère que la polis grecque fut la première à être consciemment politique : la conscience politique est le propre du citoyen grec. A cette vision très politique de cette école s’opposerait la vision française, rattachée à un historien important Fustel de Coulanges (1830-1889), auteur de La cité antique notamment, et Emile Durkheim et son école sociologique : ils postulent qu’il n’y a pas de séparation absolue entre différentes sphères d’activités publiques et privées. « Les institutions politiques de la cité antique doivent être comprises en fonction de la totalité des formes de l’interaction sociale ; en outre s’il faut donner la prééminence à un aspect de la société antique ce soit être le religieux et non le politique. » (Durkheim). Pour lui religion et social sont synonyme au départ, il n’y a donc pas séparation entre le profane et le sacré puis une séparation va se faire entre les fonctions politiques, économiques et scientifiques qui vont s’affranchir du religieux ; selon Durkheim les sociétés s’affranchissent du religieux (sociologue de la IIIè Rép), mais on peut lui demander si cela ne correspond au projet politique de son époque (séparation de l’église et de l’État).

Auguste Compte disait qu’il y avait 3 états dans les sociétés, de l’état métaphysique jusqu’à l’E juridique, ce n’est pas des lois générales de l’évolution.

Durkheim : au fondement des sociétés la politique est liée à la religion. Il a pensé le déclin social de l’église tout en faisant de la société une église ; cela correspond tout à fait au schéma de la cité grecque avant qu’elle ne devienne la cité de l’empire, fait référence à l’ecclesia.

L’ecclésia : assemblée concrète du peuple citoyen, qui se rassemble sur la colline de la Pnyx qui exerce directement le pouvoir souverain.

1) la polis : une communauté politique et religieuse

Evite soigneusement la formule « Etat ». Pour Fustel de Coulanges, dans la cité antique, elle s’est formée par « agrégation de groupe unis par des pratiques cultuelles communes. Chaque groupe conserve ses pratiques cultuelles propres mais participent aux pratiques religieuses cultuelles des groupes supérieurs » : on part d’une religion privée vers le haute, une pratique religieuse qui sera celle de la cité ; chaque cité a sa religion et sa pratique. On part donc de la famille, du genos, à la phratrie, puis à la tribu, puis, dernier stade, à la cité. A chaque stade il y a des pratiques cultuelles communes. Vu ainsi la cité grecque n’apparaît pas comme une une préfiguration des cités grecques contemporaines.

Cette idée de principe d’organisation religieuse a été défendu par d’éminent historiens dont Hansen, qui considère que le principe organisateur de la cité est un principe organisateur central. Religion ou politique d’abord ? Les deux, puisqu’au fond ce sont des phénomènes totalement indissociables, et une cité qui ne serait pas politique n’existerait pas, il y a donc un faux débat. Si on dit que Weber est mis en opposition, il écrit : « le développement des dieux locaux a pour résultat un affermissement extraordinaire [...]surtout sur le terrain de polis, qui était aussi exclusive à l’extérieur qu’une église envers une autre. ». En d’autres termes : la religion sépare, en tout cas la religion antique dans la conception politéiste (les religions monothéistes prétendent plutôt s’imposer à tous).

Le déclin des cités correspond ainsi à la naissance des empires et à la naissance des religions monothéistes tandis que les religions de cité perdaient totalement leur sens.

« En nette opposition avec notre E qui est conçu comme une institution […] la polis est le culte du dieu de la cité […] » : il n’y a pas vraiment d’opposition entre les deux conceptions, la polis est une communauté politique et religieuse, on ne peut dissocier ces deux éléments.

Malkin, historien, Méditerranée spartiate : mythes et territoires, pose les question « pourquoi ici, pourquoi nous, avons-nous toujours été ici, et notre implantation a-t-elle accompagnée de conquêtes ? » Ce n’est pas anodin qu’un historien israélien pose la question, sans rentrer dans le débat. Par exemple : comment se voient les spartiates ? Ils se présentent comme des conquérantes, les guerriers du peuple Hélène, doriens du Péloponnèse qui reprennent possession de ce territoire légué par Héraclès à ses descendants. Les deux familles royales prétendent du dieu, et on repris avec les doriens ce territoire : il y a un mythe fondateur religieux, qui est prégnant dans toutes les cités grecques, cf Thèbes ou mythe de Thésée. Le paganisme prend donc son sens avec la cité, et il en est de même pour Rome.

Sociologue, G ; Dumézil, a étudié la religion romaine, archaïque, et son étude est éclairante : reposait sur trois divinités, Mars, Jupiter et Quirinus (moins connu, de quirino « rassemblement des hommes en assemblée », patron divin de la communauté des hommes de citoyens. A donné quirites en latin = les citoyens romains, l’équivalent des polites pour les grecs, également dieu des curies romaines). A travers cette triade les citoyens romains sont alternativement quirites, réunis pacifiquement en assemblée, et milites, c’est-à-dire soldats armés. De ce point de vue, là encore, la religion joue un rôle important non seulement pour les cités grecques mais pour les cités romaines.

A Sparte, aux deux familles royales, les chefs étaient à la fois des chefs religieux et militaires. Dans l’empire romain, avant qu’il ne devienne chrétien, l’empereur était le gardien de la religion nationale romaine, pontifex maximus, chef religieux. Dans la Rome républicaine Jules César, par exemple, a été pontifex maximus. Avec la christianisation de l’empire avec Constantin, l’empereur va perde ce titre qui va passer à l’évêque de Rome (cf pape actuel). C’est Gratien qui supprime définitivement le culte de a religion romaine, l’empire romain est alors chrétien aussi bien en occident qu’en orient.

Remarque complémentaire : ce mélange entre religieux et politique a duré très longtemps et la séparation est récente. Pendant la période médiévale on a vu un mélange parfait entre religion et politique : la théocratie pontificale ; le détenteur d’une puissance à la fois spirituelle et temporelle. Cette théocratie pontificale va être abattue par Philippe le Bel face à Boniface 8 (12è s), qui voit la naissance d’E séculiers, qui n’obéissent plus à Rome. Les papes seront déplacés d’ailleurs de Rome à Avignon.

Les E modernes souverains d’occident naîtrons du refus de la subordination politique à la papauté et à l’empire. L’affranchissement sa s’accentuer au 16è avec la réforme protestante de Luther, avec division définitive de la chrétienté et où la papauté ne joue plus le même rôle politique qu’auparavant.

Cette question du religieux et du politique aujourd’hui : on a toujours un E pontifical souverain, le Vatican, petit mais il n’est pas inintéressant à remarquer que le pape a tenu à ce que l’Église garde une forme politique, c’est-à-dire étatique, cf accords de Latran où le saint siège signe plusieurs accords qui permettent au pape de devenir le souverain de la cité-E du Vatican, et devient à la fois chef spirituel et politique.

Autre société marquée par le religieux : la république indienne, par le système de caste et la religion hindouiste.

2) la polis : une communauté de type holiste (s’oppose à l’individualisme)

Preuve que les cités grecques ne ressemblent pas aux sociétés européennes, marquées par l’individualisme de ses membres, cf Durkheim dans Division du travail social qui s’en inquiétait. La cité grecque, ou romaine, est fondamentalement holiste et le lien entre religieux et politique est d’ailleurs un trait particulier du holisme. Par exemple la société indienne est une société holiste, c’est une règle générale pour les sociétés religieuse.

Holiste : c’est un tout ordonné de « segments » (Durkheim) ou « champs » (Bourdieu) : on naît pleinement homme car on naît citoyen d’une cité, il n’y a pas de séparation comme l’établiront Hegel et Marx entre l’E et la société. La cité est donc ici un tout dont on ne peut sortir (si ce n’est en la quittant ou en étant banni). L’holisme, cf Louis Dumont, anthropologue politique cf Homo hierarchicus où il étudie le système de caste en indien : il faut selon y entendre une idéologie qui valorise la totalité sociale et néglige ou subordonne l’individu humain. Il oppose, à la société holiste, la société individualiste, c’est-à-dire là où l’individu est la valeur suprême. L’Holisme suppose qu’on adhère à des valeurs communes, cf la conscience collective commune de Durkheim, qui prime sur les consciences individuelles. La conscience politique serait donc incompatible avec une conscience purement individualiste.

3) la polis : un peuple et un territoire

4) la polis : une communauté de citoyens en arme

5) Ce système est-il voué au déclin ? Etait-ce une évidence ?

B. Des cités grecques « bien trop démocratiques »

Pourquoi les cités grecques ont disparu ? Par ce que les poléis étaient toutes sans exception « bien trop démocratiques »,Zillman

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