• Sylvie

Relations internationales - 4

Dernière mise à jour : 9 févr.

Avec les objectifs poursuivis par l’E, sécurité et puissance, chez ces auteurs l’altruisme est par définition suspect, c’est au mieux de l’hypocrisie. Selon ces théories il est naturel que le « gros poisson mange le petit », c’est le retour à l’état sauvage, l’état de nature (cf Spinoza). C’est une théorie dont l’apogée était à l’époque de la Guerre Froide, mais à partir des années 90 on a d’avantage cru dans les valeurs humaines. Les deux reproches que l’on peut faire à ces théories : d’un point de vue moral on dit que c’est une « doctrine de prédation » et une doctrine amorale ; au niveau intellectuel, sur la pertinence de l’analyse, on lui reproche un manque d’ampleur et de vision, c’est une conception réductrice des relations internationales – car part toujours du cas singulier, pas de vision de fond, d’où la vision à court terme ou le manque d’ambition.

Cette conception se veut également réaliste en ce qu’elle a épousé la vision de certains chefs d’E, Kissinger par exemple avait conseillé le gouvernement américain, ou De Gaulle qui avait qualifié les E de monstres froids (ce qui revient à faire allégeance à cette conception doctrinale), mais ces visions ne sont pas forcément représentatives de la réalité.

La notion de puissance, dans cette doctrine, est monopolisante mais dans d’autres on constate qu’elle a certes une puissance essentielle mais n’est pas monopolisée que par les E, puisqu’il y a l’opinion publiques (notamment les médias) telle qu’elle peut être orientée ou manipulée, mais aussi les firmes multinationales, etc. Tout ne se limite pas à la puissance étatique.

- le néo-réalisme

Dans les années 80 le réalisme a évolué d’avantage vers le néo-réalisme : sous Reagan, avec certains éléments nouveaux avec l’idée que la société internationale n’est pas considérée comme un E de nature mais un ensemble organisé dans lequel il peut exister des réglementations communes qui définissent un intérêt commun. C’est notamment le cas tous les traités ou mesures en faveur de la non prolifération des armes nucléaires à la fin des années 80. C’est aussi l’idée qu’il faut les préserver et militer en leur faveur : on accepte qu’il y ait une réglementation commune. Ce qui apparaît à la fin des années 80 est que les relations internationales ne sont pas un jeu (« pour que je gagner il faut que vous perdiez) mais que tout le monde peut être gagnant dans la mise en place de certains régimes. C’est ce qui a évolué sous l’administration Clinton, gauche libérale, dans les années 90 : le discours officiel était toujours la recherche des intérêts des EU avant mais avec l’accord d’autres E (Trump marque un retour au réalisme « hard »). Avec Bush, retour au réalisme avec la recherche de l’intérêt national égoïste qui l’emporte sur tous les intérêts. Avec Obama retour au néo-réalisme.

Néo-réalisme et réalisme sont vraiment des doctrines américaines, lié à leurs administration (c’est-à-dire le gouvernement)

- la géopolitique, qui relève des écoles réalistes au sens large, par opposition aux autres approches qui seront vues, s’inscrit dans le même climat intellectuel même si elle est plus dogmatique là où le réalisme se veut pragmatique. L’expression est apparue au 19è, utilisée pour la première fois par un auteur de science politique suédois Kjellen, qui a fait le rapprochement entre relations internationales et géographies. Ce qui a créé cette notion, ce qu’elle traduit, est beaucoup plus ancien : lorsque Thucydide oppose Sparte à Athènes il le fait en s’appuyant notamment sur les caractéristiques géographiques (Spartes est continentale, Athènes est maritime). On dit que Napoléon avait aussi une conception géopolitique des rapports internationaux puisqu’il disait que les rapports entre les E sont dans la géographie. A l’occasion du Brexit on a souvent ressorti l’argument géographique car l’Angleterre est une île.

La géopolitique, contrairement aux autres approches réalistes, se fonde sur un vision systématique des relations internationales, d’où le caractère dogmatique, en posant le principe selon lequel c’est la loi du territoire qui va conditionner la puissance. Cela permet non seulement de décrire mais d’expliquer les relations internationales ; on peut dire que la géopolitique est le point de vue géographique vu à partir des E, alors que la géographie politique c’est l’E vu par la géographie (qui ne relève pas de la politique internationale). Pour certains adeptes de la géopolitique la loi est la dialectique entre la mer et la terre et certains considèrent que les relations sont conflictuelles avec des affrontements puissances terrestres/maritimes. Tite-Live l’avait un peu théorisé pour Rome et Carthage. On peut comparer URSS- EU, etc. D’autres vont dire que derrière l’opposition maritime terrestre il y aurait une opposition nomade, sédentaire.

Montesquieu, parmi les précurseurs donc de la géopolitique, développait la théorie des climats (in « l’Esprit général des nations »). Un des éléments qui permettent à la France de prétendre au statut de puissance est sa puissance maritime (deuxième puissance mondiale).

La pensée germanique s’est également intéressée à la géopolitique, concept d’« espace-vital » créé par des théoriciens géographes allemands au 19è, plutôt dévoyé par les régimes impérialistes et le IIIè Reich. Elle est liée à une forme de Darwinisme social puisque renvoie à l’idée de territoire suffisant pour assurer la survie, notamment culturelle, dans le peuple, et favoriser sa croissance.

Un auteur, Mackinder, a publié un article en 1904, le « pivot géographique de l’histoire », souvent considéré comme le texte fondateur de la pensée géopolitique. Pour lui l’essentiel c’est le contrôle des espaces émergés alors que d’autres vont plutôt insister sur la composante maritime.

Comme les approches réalistes, cette conception est réductrice également critiquable car il n’y a pas de contenu précis (pour les uns plutôt puissance maritime, pour les autres le territoire émergé, etc), donc fluctuant. Cela n’explique pas non plus toutes les relations internationales et les succès de la géopolitiques sont contrastés, ne peut pas être un système d’explication. A souffert de son assimilation avec l’Allemagne Nazie qui l’a mobilisée amplement pour justifier son expansion mais, au moment de l’affrontement Est/Ouest, cela n’avait pas grand-chose à voir avec la géographie. Avec la guerre froide la politique de dissuasion a eu pour effet d’effacer l’espace, il n’y a plus la limitation ou les protections « naturelles ».

Après la guerre froide on a d’une certaine manière redécouvert l’espace et sa place dans l’explication des relations internationales, notamment dans le conflit entre l’Iran et l’Irak ou le conflit en Yougoslavie. Non seulement elle a repris du sens mais elle s’est démultipliée et on a commencé à parler de géo-stratégie ou géo-économie pour parler de la place de l’approvisionnement (notamment en gaz), cf la Russie et le EU avec le gaz de schiste. On parle même de géo-culture pour expliquer les relations internationales, cf théorie très discutée mais reprise du « choc des civilisations » avec l’idée d’ère culturelle.

2) les approches normatives

On les qualifie de normatives car elles ne veulent pas simplement décrire, par rapport aux précédentes, mais elles veulent aussi normer, prévoir, orienter et sont généralement animées par une espérance, par une certaine vision du monde, plus humaniste. Ce qui les caractérise toutes c’est qu’elles aspirent, contrairement aux approches réalistes centrées sur l’E, au dépassement de l’E par des forces non étatiques, forces visibles ou invisibles. Mais ce qui est important à comprendre c’est qu’elles conçoivent l’E comme un obstacle vers un objectif supérieur. Comment peut-on le dépasser par le haut ? Avec les organisations internationales, type UE qui est l’exemple par excellence.

Au moment de la constitution de l’UE il y avait un projet de référendum dont le projet était d’adopter un traité pour constituer un traité pour l’UE, appelé traité de Lisbonne, dans lequel on a rayé les termes « constitution » et « lois », dans le sens « lois européennes » ; peur que les lois soient imposées de haut aux E. Même au sein de l’UE ce n’est pas passé. Le « dépassement » ne peut pas être appliqué cependant partout, dans le cas de l’UE ça correspond à des intérêts communs.

Dépassement par le haut, avec des organisations internationales, ou par le « bas » : avec le développement de composantes au sein de l’E, d’institutions spécialisées, notamment des régions ou des collectivités territoriales. Dans ces approches normatives l’ennemi commun c’est l’E-nation qui globalise d’une part et isole de l’autre. Ces approches, parfois qualifiées d’harmonistes, sont tournées vers des formes d’idéalismes (paix, intégration, etc).

Dans ces approches normatives on peut distinguer plusieurs courants : les approches fédéralistes soit sociologiques.

a) Fédéralistes

Elles accordent de l’importance aux droits. Elles découlent de la philosophie classique du 18è siècle avec une inspiration dans la Grèce antique. Le fédéralisme a d’abord secoué la pensée dans le cadre interne de l’E ; pensée comme une technique de répartition et fragmentation des pouvoirs, lié au principe de séparation des pouvoirs et a été parfois pensé en dehors du libéralisme, par exemple en ex-URSS (ou URSS) puisque permettait de concilier les multinationalités.

Sur le plan général le fédéralisme c’est tout mouvement organisé de coopération opérationnelles qui assurent la mise en commun d’activités et qui maintient l’autonomie des entités. Le fédéralisme entendu ainsi est à la base des constructions européennes, cf CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, pour empêcher l’Allemagne de constituer son propre arsenal.)

Dans les auteurs on a l’Abbé de Saint-Pierre, Victor Hugo (sur les EU d’Europe). On en retrouve les traces au 18è et 19è siècles, Claude Henri de Saint-Simon, et puis plus récemment le courant plus productif après GM Jean Monnet, considéré comme le père de l’Europe (pas un théoricien, quelqu’un tourné vers l’action qui a permis des réalisations pratiques qui dérivent de son action). Jean Monnet était marqué par l’obsession d’éviter le retour des guerres ; il réalise que pour coopérer il faut dépasser les souveraineté ; il a contribué à la SDN (Société des Nations) pour que les E renoncent à une part de leur souveraineté mais, en l’absence d’un pouvoir de coercition, n’a pas fonctionné. Pendant la second guerre mondiale il est chargé des échanges et de l’organisation des transports. Après la défaite en France il part aux EU où il travaille pour l’administration Roosevelt et c’est là qu’il pense au rapprochement franco-allemand. C’est là qu’il veut trouver un moyen concret de faire que cela ne se produise plus. A l’issue de la 2GM Monnet pense donc à ce rapprochement franco-allemand pour lequel il pense une interpénétration des économiques notamment avec la CECA, organisme international. S’ajoute ensuite le Bénélux et les italiens (puisqu’ils étaient 6 à l’origine). Considère qu’il faut passer sous l’action politique et surtout par un jeu à somme positive et non à somme nulle pour que les dirigeants acceptent à dépasser l’obstacle politique par des intérêts économiques. Quand on voit comment a évolué le RU il y a un certain idéalisme puisqu’il avait également prévu de fusionner la France et la GB pour faire face à l’Allemagne – mais c’était surtout lié au choc de la guerre.

Ce qui caractérise le fédéralisme est la méthode utilisée, et c’est ce qui fait son originalité et sa force par rapport à d’autres approches sur les relations entre E. Il faut contourner les obstacles politiques et pour cela s’approcher de points peu importants. Il faut agir pour cela auprès des responsables technocrates et non de l’opinion publique. Quand on demande au peuple c’est parfois un peu compliqué, et l’approche de Monnet consiste à ne pas demander cette consultation du peuple. C’est une stratégie qui est donc à l’intersection du national, de l’international, militaire et économique. La dimension stratégique et politique viendrait finalement in fine, dans une dernière étape.

Jean Monnet n’était pas un libéral mais un saint-simonien, il croyait en la valeur des institutions et des règles. Il faisait d’autant plus confiance aux institutions qu’il se méfiait des hommes.

b) approches sociologiques

Le fédéralisme croyait au droit, car fondées dessus pour modifier les choses en profondeur par la création d’institutions, etc.

Dans les approches sociologiques c’est une autre culture pour laquelle le droit est juste un épi-phénomène. Ces analyses ont connu un essor dans les années 30 puis ont ressurgi dans les périodes de détente dans les années 60, puis se sont retrouvées réduites aussi au silence avec le retour de l’Amérique de Reagan (force « pure »), puis après la chute du mure de Berlin avec l’impression d’une paix durable. Le modèle ici est d’avantage scientifique que philosophique : il s’agit de favoriser l’application des lois, ne pas les contrarier, mais à côté de cette prétention il y a l’ide qu’il faut militer pour plus d’échanges entre les nations, qu’il y a certaines questions qui ne peuvent pas être traitées à l’échelle d’un E.

Là aussi il y en a différentes formes :

> le fonctionnalisme (sur lequel s’appuie beaucoup les politistes, cf théorie de communication ou systématisme), qui présente certains points communs avec la pensée de Jean Monnet, c’est un courant de pensée en relation internationale et enseigné en science politique et est notamment représenté en France par le concept d’intégration des espaces politiques. L’objectif est de mettre en place un système international pacifique par le biais d’institutions qui transcendent l’E-nation. L’UE, fondée sur l’approche fédéraliste, dont les politistes disent qu’elle est conçu selon une approche fonctionnaliste. Les fonctionnalistes s’interrogent sur les raisons de l’échec de la SDN et expliquent qu’il ne faut pas prendre le problème par les aspects politiques mais au contraire voir là où la coopération est possible, c’est-à-dire par des approches plus modestes. De la même manière que l’approche fédéraliste, détour des souverainetés ce qui a conduit l’ONU à construire de multiples agences avec des « satellites », par exemple la FAO (sur l’agriculture, à vérifier) ou l’UNESCO, l’idée étant que chaque agence s’attelle à des problèmes précis, plus « simples ».

Autres théories : théorie des communication met l’accent sur l’importance des échanges ; le systématisme, à l’opposé du réalisme, réfléchit au contraire de manière systématique, c’est-à-dire faire en sorte de trouver une solution à un système qui marche, qui conçoit la société comme un ensemble organisé.

Systématisme : faire en sorte que les échanges avec l’extérieur soit équilibré avec « l’extérieur » : ce qu’on reproche à cette doctrine c’est justement qu’elle se veut trop systématique et ne laisse pas place au changement. Comment expliquer le recul, à la fin des années 80 ? Peut avaient prévu la réunification allemande. Idée de cycle, opposé à l’approche réaliste qui part de situation singulière.

3) l’approche positiviste

Ce qui caractérise ces approches est l’éclectisme de la méthode qui se fonde sur la société internationale aussi bien dans sa complexité que dans ses contractions. Idée de renoncer à faire un modèle. L’idée de la complexité c’est que chaque E a sa logique propre ; complexité aussi parce que à côté des E il y a des organisations intergouvernementales qui ont un certain pouvoir, comme les firmes transnationales ou les ONG. La société n’est plus que l’E, l’individu a aussi un rôle à jouer. Le positivisme ne part pas d’un modèle, ce qui est plus modeste, il ne s’agit pas de synthétiser un tout mais de comprendre différents aspects des relations internationales. Le positivisme établit un pont entre les approches réalistes et les autres, celles de coopérations.

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