• Sylvie

Histoire de la République - 6

Chapitre 6 : La République de Byzance

L’empire romain d’orient avait pour capitale Constantinople. Pourquoi on parle d’empire romain d’orient, avec comme capitale Constantinople ? Car fondée par Constantin, auparavant avait le nom de Byzance avant qu’elle ne devienne la capitale de l’empire romain d’orient. Quelle est la grande différence entre l’empire romain d’occident et l’empire romain d’orient ? Parmi d’autres une différence de langue, ce qui est particulièrement remarquable. A Byzance les byzantins parlent le grec à partir du 6è siècle, cf Justinien et la codification justinienne.

La Res publica est un terme en latin. Comment on peut traduire, en grec, la res publica ? Politéia. Ce que nous appelons l’empire n’était qu’une autre phase de l’histoire de la res publica romaine, car la finalité du pouvoir étatique et la théorie de souveraineté populaire n’ont pas nécessairement changé lors du passage du régime des consuls à celui des empereurs.

Nous trouvons dans les sources une série de termes supplémentaires pour ce qui correspond à la res romana ou res publica, attesté dans les documents officiels de l’antiquité. Res publia pouvait être aussi traduit par « takinon », la chose commune.

Quelques combinaisons de termes étaient utilisés dans les textes d’Auguste, premier empereur, mais cette version grecque ne tenait pas compte des traditions de la Grèce antique, qui a finit pas donner au terme une portée sémantique romaine.

Byzance était une civilisation romaine et non pas grecque, malgré le fait que la langue appliquée était le grec. Que signifie res publica ? C’était la propriété collective du peuple, du populus. La définition de Cicéron est célèbre : la res publica est la propriété d’un peuple, « rassemblement d’une multitude d’individus […] la cause première de leur réunion est moins leur faiblesse qu’une sorte d’instinct social dont les hommes sont naturellement doués ».

Res publica est aussi le terme utilisé par les auteurs romains tels que Cicéron pour traduire un terme grec et antique, celui de politéia, un terme qui avait, pour le grec antique, plusieurs significations. Pourtant il y a une distinction essentielle : la poliétia en Grèce faisait référence au type de régime par lequel une cité-E était gouverné, bien qu’il faille admettre un échange croisé entre grecs et latins.

Res publica, dans la tradition romaine, se référait aux affaires publiques et ce indépendamment du type de régime politique. Platon, sur la république : les grecs traduisent le terme grec « politéia » par « res publica » ; les byzantins traduisent en grec avec le mot politéia mais avec un concept politique différent.

Cicéron, célèbre à Byzance, admet la possibilité d’une res publica puisse être bien gouvernée par une aristocratie puis par une démocratie. La vision de Ciron sur les rois montre qu’il admettait la possibilité d’une res publica monarchique, il ne la considérait pas incompatible avec une res publica même si risque de tyrannie et perte de l’E de droit.

Dans la théorie de grecque antique la meilleure politique était considérée comme un régime de vertu, sur un consensus populaire. Or l’idée de res publica sous tendait la politéia byzantine mais dans une phase différente de l’histoire. Comme le rappelle le « Discours de la science politique », auteur anonyme, qui correspond aux théories de Cicéron, une politéia est une quelque chose commun composé par plusieurs personnes. C’était alors la transposition de la continuation de l’ancienne res publica. Des études récentes ont minimisé le fait que Byzance était l’apogée de l’absolutisme en mettant en avance que l’empereur n’était pas reconnu comme absolu par ses sujets.

Byzance avait une culture politique complexe dans laquelle différents systèmes idéologiques se superposaient et occupaient différents sites dans la sphère politique.

Nous ne devons pas aborder la politique byzantine à travers la religion. Byzance était une continuation de la res publica romaine et sa politique, malgré le changement des institutions, continuait à être dominée par l’idéologie de la tradition républicaine. Empereur et communauté étaient englobés.

Il est clair qu’on ne peut pas traduire politéia avec le mot E. Les sages estiment qu’une politéia ne peut pas exister sans une bonne loi mais admettent en même, à contre-coeur, que certaines coutumes fonctionnent avec ou sans recevoir une autorisation légale. Dans l’empire romain d’orient on applique tous la même loi, il n’y a pas de coutume.

Avant de retracer la généalogie et sa porté sémantique, examinons plusieurs textes de nature différentes.

Au 9è siècle, Syrianos rédige un manuel militaire qui sera utilisé par la suite par Léon 6 lorsqu’il écrira sa propre « Tactica ». Pour définir le contexte social de la science militaire dans le premier chapitre de son traité « le parti de la politique », on trouve au début des protagonistes aux professions différentes : prêtres, médecin, avocat, artisans ou classes improductives (malades, enfants, personnes âgées), etc : tout cela constitue les parties de la politéia. Il hésite à mettre les classes possédantes mais non, car ne contribuent à rien.

Dans le deuxième chapitre il énumère les fonctions de la partie de la politique, tandis que dans la 3è il explique les qualifications morales des hommes qui président. Presque tous sont des fonctionnaires d’E. La Politéia est envisagée comme l’ensemble de la société sous l’aspect idéal du bien commun, et non comme une institution d’E. « Takina » était une manière d’envisager la politique à travers le prisme des intérêts collectifs. Léon 6 : « il est préférable que ceux qui s’efforcent par leur industrie personnelle de trouver quelque chose d’utile à l’humanité […] en faisant profiter la communauté des hommes […] au lieu d’en exclure les autres […] que le bien commun soit utile à tous ». Ce principe affirme fortement la supériorité du bien commun sur les intérêts individuels. Pour Syrianos le concept de la meilleures politéia fait partie intégrante de son concept de politéia ; de même, il pense que la politéia correcte est d’être une extension globale de la pensée selon laquelle chaque partie particulière de la politéia doit s’efforcer d’être un bon « fonctionnaire ».

En somme c’est une vision organique de la société sous la tutelle de l’E dans laquelle chaque partie ne peut exister sans l’autre. Politéia et E sont deux choses différentes, mais une partie ne peut exister sans l’autre ; il est difficile de l’exprimer aujourd’hui car le système était fondé sur une idée de bien commun et non sur une conciliation d’intérêts d’individus communs comme actuellement. Léon 6 n’envisage pas la constitution d’organes autonomes, et ce que nous appelons E est intégré dans ce tissus et à l’objectif de la collectivité.

Ce n’était pas officiel dans un sens juridique : généralement cela convenait aux objectifs du moment. Dans un long discours d’un poète à l’introduction de Julien 2 ?? en 565 il compare à un corps unique mais il parle en réalité de la res publica mais non de l’empire.

La préface d’un autre traité, cette fois sur l’agriculture, indique que la politéia est divisée en trois parties : les militaires, les prêtres et l’agriculture. Ceci est un raccourci pour tout le monde. On concédait que les artisans et les ouvriers apportaient des choses utiles à la politéia ; celui qui recherche l’intérêt impérial ou qui recherche un avantage pour sa propre profession devait justifier que cela était indispensable au bien commun. La préface d’un autre traité sur la guerre commence par déclarer que la guerre navale est la chose la plus utile à la vie et constitue la politéia.

Le bien commun était toujours défini par rapport à la politéia et les activités étatiques et non étatiques, tout ce qui avait une valeur sociale ou morale. C’est dans cet esprit qu’il faut prendre l’« Introduction à la loi », code de loi promulgué au 9è s, achevé sous le règne de Léon 6. Ce texte juridique, controversé, commence en déclarant que la politéia est constituée de membres comme les être humains, et les parties les plus importantes sont l’empereur et le patriarche : on révèle alors que la politiéia était une collectivité, chaque type de profession et de fonctions étaient définis en fonction du bien commun.

Dans la pratique, bien sûr, l’exercice du pouvoir impérial et la politéia était inséparables.

Par conséquent certains éléments peuvent également être considérés comme des éléments de l’administration impériale en même temps, donc fusion entre l’E, l’administration impériale et l’empereur.

Selon le philosophe du 11è s Sénos : « lorsque l’empereur Constantin 9 monta sur le trône il a compris que l’exercice du pouvoir impérial était quelque chose de compliqué et du alors désigner des généraux pour en diriger une partie, des juges pour un autres, etc.. ». De peur que l’E ne soit brisé en ses parties il nomma un seul pour surveiller, quelque chose comme l’équivalent du premier ministre. En passant de la poliétia à l’E, via la gouvernance, on perdait quelque chose : la vision globale de la société, remplacée par une vision beaucoup plus étroite à savoir celle de l’administration.

Sénos : a écrit une chronographie dans laquelle il porte d’avantage sur la gouvernance que sur la politéia. Il met l’accent sur la gouvernance mais, vers la fin de la première édition de la chronographie, il fait un résumé fascinant sur la façon dont la politique avait décliné à cause de la mauvaise gestion impériale et fiscale. Il utilise ici le terme kratos, le corps politique, le corps administratif, les choses politiques, les corps de la politéia d’une manière interchangeable.

Pour les bouger il propose une métaphore : il présente le budget d’E comme un être monstrueux qui avait plusieurs têtes et plusieurs bras et dont certaines parties étaient gonflées et pourries, ou la compare à un bateau surchargé.

Le peuple, en grec, c’est le « demos » et à Byzance ne correspond pas à une fiction mais une réalité historique, comprise par le peuple, conscientisée.

Le peuple à Constantinople est un peuple souverain qui joue un rôle dans la sphère politique. Présentation de deux cas pour comprendre plus exactement la puissance du peuple :

Premier cas : empereur Anastosios, son introduction, 9 avril 991, mort de Zénon, le Sénat, les fonctionnaires et le patriarche se sont réunis dans le palais tandis que le peuple et l’armée se rassemble dans l’hippodrome. On demande à l’impératrice Ariane de s’adresser au peuple. Elle informe qu’elle a déjà demandé aux fonctionnaires de l’E, et non au patriarche, qu’elle va désigner Anastosios comme successeur de Zénon.

Nous voyons clairement comment les fonctions du gouvernement impérial étaient conceptualisées de façon impersonnelle : l’empereur devait être désigné de façon consensuelle. Le peuple profite de l’occasion de se débarrasser du préfet de la ville car il était un voleur, et l’impératrice répond qu’elle avait déjà le même objectif en tête et a désigné un nouveau préfet. L’empereur et le peuple n’arrivent pas à se mettre d’accord, et on propose que la sélection soit faite par l’impératrice. Les funérailles de Zénon sont faites le lendemain. On exige au nouveau préfet de prononcer un nouveau serment : de mettre de côté sa vie privée et d’assumer un rôle public, qu’il va gouverner la politéia avec la meilleure manière. Il est conduit à l’hippodrome.

Anastase rentre dans hippodrome et est acclamé par le peuple comme auguste. Parmi les échanges qui ont suivis le peuple lui demande de nommer des fonctionnaires pour gouverner. Anastasios souligne qu’au début il ne voulait pas accepter la proposition de devenir empereur mais, en voyant qu’il a le consensus populaire, il est convaincu : « je n’ignore pas la responsabilité qui m’a été confiée pour la sécurité commune de tous et je supplie dieu tout puissant que nous dormions, travaillons aux affaires que pour l’aviez espéré lorsque vous m’avez élu ».

Les deux parties expriment à plusieurs reprises l’espoir que le peuple va s’épanouir. A la description de l’élection de Anastasios on voit qu’il y avait des désaccords, notable par le fait que l’armée a été envoyée au domicile d’Anastasios. Pourquoi ? Ce qu’il manque c’est l’acceptation du peuple, qui doit le faire à l’hippodrome, cf consensus populaire.

Anastasios est devenu un auguste du fait que le peuple et l’armée l’avaient acclamés comme tel. Son droit à gouverner reposait sur ce consensus. Il a prêté le serment de travailler, sa gouvernance en tant que forme de service ne pouvait avoir d’autre but, dans cette mesure, la nomination d’un empereur n’est pas très différente de celle d’un autre fonctionnaire. Tout au long de la procédure le peuple a formulé ses propres exigences, tant idéologiques que relatives à un personnel spécifique. Ils ont également précisé que Anastasios serait soumis à des normes morales et politiques. Le peuple n’a jamais oublié que après avoir nommé un empereur il pouvait aussi le défaire. Négociation avec le peuple donc, le plus souvent dans l’hippodrome.

Cas de Michel 5, arrivé au pouvoir en faisant partie de deux dynasties : neveu de l’empereur Michel Kalapathis 4, arrivé lui-même au trône par mariage, est devenu César, et a été adopté par Zoé comme son fils. Des écrits relatent qu’il a été acclamé. Lorsque Michel 4 est mort Zoé s’est trouvée seule avec la gouvernance de l’empire dans ses mains, mais n’avait pas les qualités nécessaires pour gouverner le kinan, la chose commune. Michel 4 était dynamique et capable pour les affaires publiques, mais inquiétudes suite à sa mort sur l’avenir de la politéia. Rappel : la fonction impériale était considérée comme la forme la plus élevée d’administration publique. Le César alors était élevé au rang d’empereur selon la procédure habituelle.

Le choix de Zoé était guidé par la compétence de l’administration de la chose publique ; d’autre part le peuple était intéressé par la politique du palais. Michel 4 a prêté serment de respecter Zoé et les privilèges impériaux. Zoé était considérée comme l’héritière du trône (à Byzance on pouvait avoir une femme comme impératrice sans que cela pose problème).

Le problème est que, selon les témoins historique, Zoé était populaire et avait gagné le cœur de tous les hommes de la capitale avec ses dons généraux. Comme nous le verrons les perceptions de l’opinion publique exerçaient une pression presque écrasante sur le trône.

Michel testa les citoyens pour savoir quelle opinion ils avaient de lui. Ensuite pendant des festivités il exila Zoé sur une île et l’a fait tonsurer, informa le Sénat de complot et tenta de persuader la foule. Mais le peuple commença à faire des problèmes de désordre dans la capitale, contre Michel. Le deuxième jour il était clair qu’il s’agissait d’un mouvement populaire destiné à faire descendre l’empereur. Michel 4 a fait venir un fonctionnaire dans l’espoir de regagner l’opinion publique, mais la foule n’a pas réagit, et au contraire a crié d’une seule voix : « déterrez ses os » … ??, phrase qui est le signal pour déposer un empereur. Cela était également signalé par un autre slogan « indigne, lorsque le peuple appelle l’empereur comme indigne », ce qui signifie la révolte.

Michel n’avait pas beaucoup d’options ; le peuple oblige le patriarche à se ranger de leur côté, puis fait sortir Theodora, sœur de Zoé, de son monastère. Le pouvoir impérial fut restitué aux deux sœurs par l’action populaire, véritable révolte à laquelle toutes les classes de la ville pouvait participer, de même que les femmes. Les deux sœurs, finalement, ne font que suivre les évènements.

Le rôle de l’opinion publique est fondamental : l’avenir des empereurs était incertain, ils devaient rendre compte au peuple et c’est là le point essentiel qui doit être observé. Le peuple a pleine connaissance de son droit à faire tomber un souverain indigne. Les couches supérieures de la société n’ont plus ce droit. Au contraire, Attaleites, juriste et historien, disait même que le peuple était poussé par dieu, pas de reproche de ne pas tenir compte que l’empereur avait été nommé pour gouverner par dieu.

Dès que le peuple parvenait à un consensus contre l’empereur celui-ci ne pouvait pas être légitime par acclamation lors de son intronisation.

De la même manière que l’empereur a été compris comme l’empereur des romains par auto-justification.

Constantin, dernier empereur romain, refuse de donner Constantinople. Parmi ses derniers mots on peut citer « je n’ai pas le droit de vous donner la ville, comme personne parmi de ceux qui vivent. Par une décision commune nous allons tous mourir volontairement et nous n’allons pas essayer de sauver nos vies ». Cicéron aurait reconnu par cela le consensus universorum, le consensus populaire.

Lorsque l’empire est devenu Chrétien pas mal de choses ont changé, notamment la place des femmes, dans quelques domaines elle avaient + de droit. A Byzance une femme peut devenir impératrice, même les femmes participent à la révolte, il y a des femmes médecins, mais reste quand même société du MA.

Le droit byzantin est un droit romain ; la compilation justinienne a été appliquée à Byzance mais le droit byzantin est un droit romaine en grec, avec bien sûr des modifications après 5 siècles.

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