• Sylvie

Histoire de la République - 5

Chapitre 5 - Histoire de la république en Suisse

Dans le cadre chronologique nous restons au MA mais nous nous arrêtons au 18è.

L’histoire de la république en Suisse c’est l’histoire d’un échec dont le pays ne s’est jamais vraiment relevé.

EN 1396 une troupe de paysans et de montagnards réussissent à battre les armées professionnelles de Léopold III de Habsbourg (qui meurt dans la bataille). Et cette victoire inattendu a rendu crédible l’alternative d’un ordre social et politique qui n’applique pas une solution à la hiérarchie aristocratique à un prince. Ainsi après la victoire de Senpach ??, en Suisse, se constitue une réunion de petites républiques au cœur d’une Europe composée, organisée de royauté – sauf en Italie. Ces républiques forment des ligues d’alliance. Elles vont défendre ensemble leur indépendance contre leur puissant voisin et notamment contre la maison des Habsbourg. Au fur et à mesure du temps cette confédération de républiques se gonfle, augmente et absorbe de nouveaux cantons, de nouveaux indigènes qui ne veulent plus vivre dans la dépendance du Saint Empire romain de nation germanique.

Cette confédération d’E, de communes souveraines, ne doit pas cacher l’extrême diversité de leur organisation politique. Si une confédération prend la forme d’une république, les autres sont totalement différentes des autres, il n’y a pas d’homogénéité. La république d’Apenzel ?? est démocratique alors que la république de Berne est aristocratique.

Ainsi la Suisse, au 14è/15è, est une nation de nations, et les chefs de la nation sont les chefs de communes, on peut dire que la Suisse est une république de républiques. Quelle est sa raison d’être ? D’éviter l’émergence d’une monarchie. Ainsi la république, si elle est d’une part crée en contre-modèle de la monarchie, en terre confédérale la république c’est aussi ce qui paraît pour toutes les communes comme le plus petit dénominateur commun parce que, dans la même idée, on veut éviter la création d’un pouvoir central face aux cantons souverains.

Ainsi on se rend compte que l’histoire constitutionnelle de la Suisse est à l’opposée de celle de la France, qui a constitué son unité juridique contre la dispersion intérieure et les menaces extérieures, a Suisse a bâti son identité sur la reconnaissance de chacun de ses composantes. C’est-à-dire qu’elle a privilégié le jeu des équilibres locaux. C’est pourquoi, à l’opposé de la France, l’idée de la nation en Suisse a précédé celle de l’E (inverse, là aussi, de la F). Il faut attendre 1798 pour que les suisses se dotent d’un E moderne.

Jusqu’à l’aube du 19è c’était les coutumes et les privilèges hérités du MA qui régissaient la vie quotidienne des suisses.

I. « La république des suisses »

Le corps helvétique compte depuis 1513 , 13 E souverains, appelés cantons, qui forment un réseau d’alliance économique, militaire, que l’on appelle fédération ou confédération. L la lumière du droit international public, la confédération république apparaît comme une simple agréation, une juxtaposition d’E, et cette faiblesse presque congénitale va s’aggraver au moment de la réforme et des guerres de religion. En effet la crise religieuse commence en Suisse (Calvin est suisse) qui va générer une partition du territoire entre les partisans de la réforme et les partisans catholiques ; guerre civile, et un statu quo est demandé par les catholiques pour établir la paix.

Ainsi la polarisation en deux camps des E helvétiques a tourné à l’affrontement armé et ces premières guerres confessionnelles sont les premières qui vont secouer l’Europe. En 1531 la paix est signée entre les deux camps mais, si elle est signée, c’est précaire : les deux partis menacent à la prochaine étincelle de repartir en guerre ce qui, d’un point de vue institutionnel, va faire peser sur la confédération la menace d’un démembrement.

Pour empêcher cela un courant de pensée voit le jour et a pour objet de souligner l’unité des suisses – donc c’est la doctrine qui va éviter cela. C’est le zurichois Josias Simmler qui est le chef de ce mouvement dit « unitariste ». En 1576 il publie le livre des «de republica helvetiorum ». Ce texte là date de 1576 et aura une telle importance dans l’histoire juridico-politique des Suisse qu’il est ré- édité plus de 28 fois (avant d’être supprimé par l’intervention des français).

Dans De republica helvetiorium : « quoi qu’il y ait plusieurs peuples et bon nombre de villes en Suisse, ce n’est toutefois qu’une cité et une république. En cela toute la nation des suisses a des E communs (cf la « diète »?? l’assemble ), ils gouvernent en commun plusieurs provinces (cf bailliage commun), délibèrent ensemble des affaires de paix et de guerre, ont presque les mêmes lois et coutumes et son étroitement enjoints par convention perpétuelle – ce sont les pactes. »

Ce passage met en exergue le trait d’union qui fait de la république des suisses leur trait particulier. Cette présentation de Simmler est ainsi un démenti officiel de tout ce qu’on peut penser de l’organisation des suisses à cette époque, réponse internationale aux royautés qui regardent leur organisation.

Simmler est un patriote qui célèbre les points de convergence de cet E Suisse mais son patriotisme n’était pas réaliste, c’est totalement autre chose qui se produit. En effet la république des susses des 16è et 17è s c’est une fédération d’E désunis et les communes sont méfiantes entres elles, désunion confessionnelle qui va entraîner une désunion politique. Les protestants et les catholiques se créent chacun leur propre diète. Les E évangéliques font face aux E catholiques.

Qu’est ce qui retient les deux camps ? Le fil qui relie ces deux camps est la gestion des bailliages communs. Qui dit gestion dit argent, ainsi c’est le contrôle et l’adoption des comptes des baillis qui forcent les suisses à se rencontrer, à délibérer, à décider ensemble, et cela est imposé chaque trimestre.

Ainsi au 16è la diète générale, celle qui ne prend pas en compte les questions professionnelles, tombe en anémie mais ne disparaît pas. Avant les guerres de religion cette diète se réunissait près de 20 fois par an et après ces guerres de religion elle va se réunir seulement entre 2 à 3 fois par an, où on discute les questions d’économie, de paix et de guerre – pas forcément de la Suisse mais en Europe. En effet, tout divisés qu’ils sont, les suisses sont conscients des dangers que représentent leurs voisins. Il suffit à un roi d’organiser une intervention militaire dans leur pays pour qu’ils soient envahis (et l’Europe est très divisée à ce moment là).

Pour éviter que la France ou le Saint Empire romain germanique interviennent, les suisses vont se tenir à l’écart des conflits armés de l’Europe. Ainsi la Susse est l’un des rares pays qui ne va pas subir la guerre de 30 ans. Voilà la première raison de la diète : celle que la Suisse perde son autonomie.

L’autre intérêt de cette diète c’est qu’elle résout et arbitre les conflits entre les cantons et, fait remarquable, privilège unique, l’ambassadeur du roi de France siège au sein de cette diète fédérale comme invité d’office, donc il est représenté dans la république des suisses. Pourquoi ? Les suisses ont besoin d’un médiateur et c’est l’ambassadeur du roi de France qui va jouer ce rôle – donc in fine le roi de France lui-même. Il doit, par sa présence, tenir une « politique pacificatrice à bien plaire » et cela est posé dans les traités franco-suisse. Le roi de France est catholique, la France a été elle-même ravagée par les conflits de religion, alors pourquoi ? Les suisses ont compris que le roi de France n’avait pas intérêt à déstabiliser le pays et va jouer toujours la carte de l’apaisement dans les tensions qui minent la Suisse entre protestants et catholiques.

Ainsi la diète, comme le suggère Simmler, symbolise l’unité de la république des suisses, exprime son existence sur la scène internationale. Néanmoins c’est le canton de Zurich qui préside l diète et qui aura une influence majeure. Pourquoi Zurich ? La prééminence zurichoise semble une nécessité car avec cette ville les protestants trouvent une contrepartie au fait que les E catholiques sont majoritaires en Suisse. Mais même si majoritaire par leur nombre ils sont démographiques moins nombreux et économiquement moins riches que les cantons protestants. Les voix ne tiennent pas compte de la force du canton, et chaque E, dans la diète est représentée par un ambassadeur pour chaque canton.

Ainsi l’ambassadeur, quand il siège à la diète, ne s’exprime pas en son nom personnel, il ne débat pas comme un député et ne plaide aucun dossier. Les ambassadeurs, par ordre protocolaire à la diète, énonce les prises officielles de position de leur canton. Quant aux décision communes la procédure est ad referendum. Néanmoins, puisque la souveraineté réside dans les cantons, tous ce qui y a été décidé doit ensuite être appliqué par le gouvernement cantonal. Ce fonctionnement fait écrire à Rousseau que « la Suisse entière est comme une grande ville divisée en 13 quartiers ».

La paix d’Aarau ? En 1712 clôt enfin les guerres de religion en Suisse va marquer la pax helvetica

II. La pax helvetica

Désigne la période où les suisses ont appris à coexister pacifiquement entre eux mais aussi avec leurs voisins, les puissances étrangères. En effet, la paix d’Aarau met fin aux conflits confessionnels qui menaçait l’unité de la république de Suisse. Cette paix établit l’égalité complète entre les confessions catholiques et protestantes, dans les bailliages et à la diète : c’est la « parité confessionnelle ». Elle va régler les relations confédérales. Les ?? qui ont gagné la dernière guerre confessionnels vont introduire quelques clauses dans le traité de paix qui vont froisser les catholiques, et c’est là qu’intervient la France : le roi de France, par son action d’apaisement, va empêcher les catholiques d’être trop violents sur la question des bailliage perdus. Avec cette paix, imposée par la France, la méfiance réciproque des catholiques rt des protestants laisse place à un rapprochement qui va être propice au dialogue, à la concertation et à la collaboration.

Ainsi les bons rapports de voisinage entre les E cantonaux vont se développer et se consolider avec le temps et le souvenir de la division de l’époque des guerres confessionnelles s’estompe. Dans cette paix les suisses vont pouvoir s’interroger sur leur propre identité tout en prenant conscience de leur extrême diversité.

Au 18è la république de Suisse va s’assumer comme un assemblage d’éléments difficiles voire impossible à concilier, ce dont ils ont conscience, mais cette république offre à ses membres le profit d’une paix interne – on revient aux question d’argent co-substancielles à la république.

Le 18è s suisse est prospère : les suisses s’enrichissent, la paix confessionnelle et la détente qu’elle engendre va s’accompagner d’un phénomène remarquable : entre E cantonaux plus aucun conflit n’éclate jusqu’en 1798. Il y a bien sûr des crises politiques et c’est d’autant plus remarquable que les cantons se forcent vraiment à ne pas intervenir malgré ici et là quelques gestes d’agressivité d’un canton sur un autre. Aucun trouble qui veut secouer un canton ne déborde à l’extérieur des frontières. Pour résoudre tous ces problèmes qui peuvent subvenir dans un canton, les interventions extérieures qui peuvent arriver sont à chaque fois sollicitées par les autorités cantonales – le gouvernement ne prend jamais l’initiative.

C’est là qu’un point apparaît : la dynamique est très conservatrice pour garder un système qui, dans un E de soulèvement, pourrait être remis en cause. L’inter-cantonalisation des conflits au 18è s maintient la paix en Suisse, oui mais au détriment de la volonté populaire. Les suisses s’en tienne tà la diète, veulent régler pacifiquement les problèmes et cette vision peut prendre trois formes :

- soit la diète propose un « bon office »

- soit la procédure de médiation

- soit par l’arbitrage

Chacune de ces procédures, qui sert à désamorcer les conflits, fait intervenir un tiers mais c’est le rôle de ce tiers qui va changer à chaque fois.

- dans la procédure du « bon office » l’intervenant, le tiers, va chercher à renouer le dialogue entre les deux partie litigieuses et souvent il propose un territoire de guerre

- le médiateur va participer directement à la négociation et va proposer des solutions au conflit qui minent les rapports entre les deux cantons – c’est l’ambassadeur du roi de France.

- quant à l’arbitrage, l’arbitre est souvent un tribunal, qui a pouvoir de décider de la solution. C’est-à-dire il a le pouvoir de décider d’une solution contraignante pour l’une des deux parties. La France a ce privilège depuis 1516 quant le roi François 1er a écrasé les armées suisses à la bataille de Marignan (Italie), pourtant réputée invincible. Au lieu d’accabler son ennemi François 1er va proposer une paix perpétuelle à la Suisse qu’il documente d’une alliance défensive : il demande à son ennemi vaincu de s’engager à défendre le royaume de France en cas de guerre et en échange, privilège commerciaux et pensions et c’est pourquoi va servir la France jusqu’en 1792 (les révolutionnaires français vont écraser la garde suisse).

Les suisses, qui s’étaient tenus jusqu’en 1792 paisibles, ont alors pris les devants et vont prendre le parti contre-révolutionnaire. Les suisses qui voient la France plonger dans l’abîme de la république vont développer une allergie mais l’aura révolutionnaire s’étend au-delà des Alpes.

III. La république hélvétique

Géographiquement la Suisse est entre la France et l’Autriche et se retrouve projeté dans un enjeu majeur de l’histoire puisque à la fois aux prises avec les révolutionnaires de France et à l’est avec l’Autriche et la contre-révolution.

Le 20 avril 1792 la France déclare la guerre à l’Autriche. Le risque pour la Suisse de tomber dans l’un ou dans l’autre camp est énorme mais la France et les puissances coalisées vont respecter sa neutralité et la diète générale va s’ingénuer à essayer de mettre un terme au conflit dans son intérêt et celui de l’Europe. Cependant depuis le massacre de la garde Suisse les suisses sont portés à défendre les contre-révolutionnaires. Plus de roi, plus de médiateur.

Les suisses sont d’autant plus choqués de la guillotine de Louis qu’ils attendais beaucoup de lui, car c’était le premier à réunir, pour la première fois, tout le corps helvétique et à faire oublier le passé. La France, avec ses nouvelles idées révolutionnaires, va diviser un pays qui venait à peine de trouver sa stabilité. La France va chercher a peser sur la vie révolutionnaire helvétique ; ici elle annexe, grâce à la complicité des républicains suisses, Porrentruy qui s’était organisée en république et ainsi s’est faite sœur de la république française ; là elle apporte son soutien aux révolutionnaires, les bonnets rouges, notamment les genevois. Ainsi les révolutionnaires suisses vont faire la chasse aux « englués » et le point culminant est arrivé à l’été 1794 quand Genève dresse un tribunal révolutionnaire comparable à celui de Paris, c’est-à-dire un tribunal qui condamne systématiquement à mort tous ceux qui se présentent devant lui.

La chute de la Terreur de Robespierre, 1ère république en France, apaise les tensions et les suisses vont chercher à se réconcilier avec la France et entre eux, entre partisans des systèmes traditionnels et révolutionnaires. En 1796, un an après la mise en place du directoire en France, que la Suisse reconnaît officiellement la république française. Cette affaire de réconciliation ne va pas plaire aux suisses expatriés en France, qui se révoltent contre la neutralité de leur pays, qu’ils qualifient de féodale – ils n’ont pas fait « leur » révolution. Ils vont convaincre le directoire d’abriter des émigrés qui travaillent à la contre-révolution en France et la victoire du général de Napoléon Bonaprte sur les autrichiens en Italie en 1797 va être lourde de conséquence sur l’histoire de la république des suisses.

A. Une œuvre franco-suisse

Au traité de Campio-Fiormo Napoléon Bonaparte met en place la république cisalpine afin d’offrir à la république française un bloc d’E alliés et tampon en Europe. LA France est sollicitée comme médiateur dans les conflits opposant les grisons, peuple allié aux Suisses, aux citoyens italophone. Bonaparte, comme médiateur, va trancher le problème avec un certain cynisme : il dit qu’un peuple ne peut pas être sujet d’un autre peuple, alors que la France tend à assujettir d’autres peuples. Ce faisant les valtelins quittent la Suisse, mais les suisses sont contents de ce que fait Bonaparte et il est accueillis avec beaucoup de sympathie. Bonaparte démembre une partie de la république de Suisse. (passage à vérifier, mal compris)

Bonaparte a le projet de faire de la suisse une république subalterne. Il organise avec le directeur Reubell et le valois Peter Ochs et les 3 décident de supprimer la république des suisses et de la remplacer par la république helvétique.

Le texte constitutionnel est d’abord rédigé par le directeur Merlin et à la lumière du droit constitutionnel français. C’est la constitution française de l’an III qui va dicter les grandes lignes de la république helvétique, qui est posée comme une république centralisée à l’instar de la république française, une et indivisible là où elle était fédéraliste. De la même manière que le pouvoir législatif sera confié à deux assemblée en France, distinctes l’une de l’autre, ce sera pareil en Suisse : « Le grand conseil helvétique, élu selon le système proportionnel, et le Sénat où siègent les représentants des cantons à raison de quatre sénateurs par canton.

Dans ce nouveau texte constitutionnel les anciens alliés de la république de Suisse sont élevés aux rang de canton, sur un pied d’égalité. Bonaparte supprimer les frontières entres les cantons, ce qui montre que, bizarrerie du Sénat, c’est un héritage un peu mal digéré de l’ancienne république.

Le pouvoir exécutif est délégué comme en France à un directoire. La république helvétique, comme la république française, ne sera démocratique : elle est aristocratique même si celle-ci n’est plus héréditaire. (passage à compléter)

B. Une république-sœur

Pour mettre en place la république helvétique le directoire, par un simple arrêté, décrète l’aide aux patriotes du pays de Vaud assorti d’une menace d’intervention armée contre quiconque s’aviserait de les brimer. Ainsi le directoire pose un ultimatum à la république des suisses : s’il vient à réprimer les patriotes insurgés la France se tient prête à intervenir. Ainsi les suisses expatriés en France téléguident les opérations depuis Paris et en janvier 1798 nos « patriotes » suisses inventent les patriotes restés dans leur pays à se soulever pour libérer le territoire et donner à la Suisse des institutions modernes fondées sur les principes de 1789.

Les cantons de Vaud, de Berne, Fribourg sont les premiers touchés par la révolution Les députés de ces cantons fuient en Lausanne ; mais la menace d’intervention française divise et aucun canton ne veut intervenir ; la France gagne et début mars, après quelques combats,Berne capitule et entraîne tous les autres cantons. Des patriotes, venus de France, prennent le pouvoir. La Constitution de la nouvelle république helvétique s’opère en mars 1798.

Les patriotes suisses expatriés exigent de leurs compatriotes un système centralisé à la française mais vont avoir quelques réticences qui essayent de défendre le système fédéral. Il va y avoir 3 républiques en Suisse, « diviser pour mieux régner ». Et pour les suisses expatriés à Paris, c’est la stupeur, ils cherchent à maintenir la république une et indivisible. Les deux cantons suisses, pour éviter le démembrement, les Suisses se soumettent au projet de la république helvétique.

La suisse fait partie désormais les républiques-sœurs, qui servent à protéger la France des ligues révolutionnaires. La suisse, véritable vassal, va appeler son projet « république helvétique ». Le terme répond à une logique : c’est celle de la république française de républicaniser, c’est-à-dire transformer en république ses voisins. Ainsi républicaniser la Suisse c’est libérer la patrie de Guillaume Tell de ses tyrans.

Et donc libérer, dans l’esprit des révolutionnaires français, cela ne peut se faire qu’en dotant la Suisse d’une constitution comparable à celle des révolutionnaires. La France veut révolutionner, ainsi, la protection des cols alpins contre l’Autriche, et donc cette république est seulement constituée dans l’intérêt de la République française, qui va envoyer ses armées occuper la république helvétique dans les cols alpins. Les helvétiques sont heureux au début, mais les français ne sont pas là pour aider les helvètes mais occuper un pays et ainsi la république française va demander à sa république-soeur de payer des frais d’occupation, pour une occupation que les suisses n’ont pas demandé.

L’enthousiasme cède la place à des réserves voire à une franche hostilité. Les principes d’égalité, liberté et de fraternité vont décevoir les suisses et l’amitié initiale se refroidit et devient orageuse ; ils refusent la vassalisation de leur pays. Mais la mésentente entre les suisses rend difficile le retrait des troupes françaises qui sont devenues une force de maintient de l’ordre.

Ainsi la république française réagit au directoire en imposant de nouvelles conditions, de critères de sélection de la citoyenneté. Désormais il faudra, pour être admis à la prestation du serment civique et à l’inscription au registre des citoyens, savoir lire, écrire, et entendre une profession d’une branche d’agriculture.

Mais, chose étonnante, on voit qu’en procédant ainsi la France républicaine n’annexe pas purement et simplement la Suisse ; elle la maintient même si elle pourrit le jeu politique. 1799 Napoléon Bonaparte renverse le directoire, le consulat est mis en place. Il va concocter une nouvelle réforme de la constitution helvétique : c’est la constitution de la Malmaison qui va organiser un compromis entre fédéralisme et constitutionnalisme. Dans cette constitution la république helvétique reste une mais son gouvernement est désormais décentralisé.

L’organisation cantonale doit être adaptée à l’organisation locale et l’administration de chaque canton discutera et votera les projets de loi qui lui seront soumis par le Sénat.

Et là Bonaparte soumet au peuple suisse au suffrage universel masculin le texte : il fait un référendum, demande aux suisses s’ils veulent ou non appliquer la constitution de la Malmaison, véritable suffrage universel, et le texte est accepté, plébiscité. Ainsi la Suisse doit sa première votation populaire à Napoléon. Bonaparte, pensant que la Suisse est désormais un allié stable, retire ses armées du pays.

Une fois les soldats français partis certains cantons suisses proclament leur indépendance et l’armée des insurgés va prendre le contrôle de toute la Suisse ; les suisses vont appeler la médiation de Bonaparte, qui ne prend pas la situation à la légère. Il va présider lui-même la médiation et notamment les deux conférences solennelles, ce qui va impressionner. Le 19 février 1803 Bonaparte rend son acte de médiation : il décide de refonder la Suisse sur des bases nouvelles : il démantèle l’E central de la république helvétique. Il décide que le centre de gravité du pouvoir se partagera désormais entre 19 épi-centres détenteurs chacun de l’essentiel des compétences d’un E.

Autrement dit la république helvétique s’est fédéralisée. Bonaparte a décidé que les trois pouvoirs soient partagées entre les cantons, c’est-à-dire que chacun E cantonal exerce 1/19è de la souveraineté nationale ; à l’inverse, la souveraineté nationale des suisses c’est leur addition, qui s’incarne dans la diète qui a l’exclusivité de la représentation diplomatique. Lorsque la république française se transforme en empire rien ne change en Suisse.

Évidemment la république helvétique est le produit de Bonaparte ; lorsqu’en 1813 Napoléon est défait les autrichiens profitent du repli français pour envahir la Suisse. Alors même qu’elle est à ce moment-là neutre, en conséquence en 1813 la diète décrète que l’acte de médiation de Bonaparte « ne saurait durer plus longtemps ». 7 cantons manquent au vote, ce qui rend inconstitutionnelle la fin de la république helvétique. Ainsi le pacte fédéral du 7 août 1815 met définitivement fin à la république helvétique. S’ouvre alors en Suisse à partir de 1815 la période de la restauration de l’ancienne république avec ses privilèges qui vont durer jusqu’en 1848.

Néanmoins les idées révolutionnaires, « que Napoléon a plus défendu que les révolutionnaires » dixit, ?? La restauration n’a pas réparé l’image péjorative de la république. La république, ce qu’il faut comprendre, est restée gravée dans la mémoire des suisses comme une ingérence étrangère, c’est-à-dire une volonté d’imposer un nouvel idéal politique. Tout au mieux, dans cette histoire contemporaine, seul l’acte de médiation de Bonaparte a proposé une voie convenable, acceptable. Ainsi la république helvétique n’a jamais été en mesure de convaincre des suisses. C’est le manque de respect des républicains envers les entités locales qui l’a fait.

Pourquoi, en Suisse, qui connaît l’expérience républicaine depuis longtemps, n’utilise pas le mot république ? Car elle n’a pas réussis à s’y imposer ; autrement dit la république Suisse n’a jamais vraiment exité. Au MA c’est surtout une ligue de cantons, alliance militaire et économique contre l’étranger, c’est l’ennemi commun qui fédère. Au 19è la république est imposée aux suisses formellement par les français, de sorte qu’à chaque occasion le peuple suisse a essayé de se débarrasser de cette république qui vient de l’étranger. La république helvétique, dans les faits, n’a duré que 5 ans. Les suisses portent très peu en considération la république car ils n’ont jamais eu d’ancien régime monarchique contre lequel mettre la république en place.

Se mélange aussi avec la laïcité : en effet les suisses préfèrent parler de sécularisation (« siècle ») pour exprimer la perte d’influence de la religion au sein de la société dans l’E. L’influence des églises chrétiennes demeure. La suisse a également son parti républicain, créé en 1970, qui correspond à l’extrême-droite. En effet ce parti cherche à imposer la forme républicaine au gouvernement fédéral ainsi qu’aux cantons.

Le débat sur la république en Suisse n’a que peu d’avenir dans ce pays, elle ne se sent pas redevable envers elle et ne se sent pas liée.

Que doit-on retenir de cela ? Les suisses ont compris que la république est un régime qui peut devenir extrémiste, l’extrême gauche comme l’extrême droit peuvent y arriver au pouvoir.

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