• Sylvie

Histoire de la République - 4

Chapitre 4 - La république de florence

Il y a quelque chose de spécifique : elle est conçue comme une laboratoire, même le laboratoire par excellence « d’une histoire qui est tout entière centrée sur la modernité et les transformations économiques, politiques et culturelles de l’Europe occidentale » (citation des Lumières). Ce sont 3 grands problèmes qui sont liés, et qui donnent cette vision aux philosophes. C’est en effet à Florence où naît l’humanisme civique, là également où se met en place une économie capitaliste mais c’est à Florence où, la première, cette économie capitaliste va fonder une organisation sociale ; enfin,, 3ème problème, c’est la construciton de la liberté politique en acte et en théorie, c’est-à-dire sous sa forme républicaine.

Cette liberté politique les florentins la surnomment la florentina libertas et n’a pas vocation universelle. Si l’on doit concéder aux philosophes des Lumières que cette république réinvente la politique, c’est que cette politique est avant tout l’affaire du reggimento, le regiment : c’est le groupe socio-politique qui exerce une activité de façon constante, qui sait donc maîtriser les rouages essentiels de la vie politique et institutionnelle et donc ses membres passent en permanence d’une charge à l’autre et sont souvent en concurrence, c’est un peu un jeu de chaises musicales. C’est ce qui est intéressant dans la république de Florence par rapport à Venise : dans la Florence médiévale et renaissante les procédures, quelles qu’elles soient, sont les instruments qui permettent de réaliser des coups tactiques : on joue avec les institutions, pour disqualifier ses adversaires ou pour favoriser telle ou telle tendance, parti ou personne. C’est pour cette raison, d’un jeu politique, qu’il y a dans la république de Florence un grand investissement des acteurs en présence, donc beaucoup de participation.

Cependant il faut bien se garder de concevoir ce jeu que les procédures autorisent une application plus ou moins directe des idéaux normatifs et constitutionnels de la république que Florence génère ou attire, c’est-à-dire qu’elle attire à elle de nombreux penseurs du politique. On peut dire Leonardo Bruni, Coluccio Salutati, Francesco Guicciardini et le plus connu de tous, Nicolas Machiavel. Il faut prendre au sérieux ce cadre normatif de la République de Florence parce qu’il explique assez précisément l’adoption de telle ou telle procédure mais aussi parce qu’elle est une réserve de sens, c’est-à-dire un objet de critiques et de justification des auteurs : les théoriciens du droit et de la politique vont s’appuyer sur cette république pour fonder leur traité politique.

L’histoire de la République de Florence commence, comme à Venise, sans vraiment de date précise. Néanmoins on peut voir qu’elle s’affirme progressivement comme une commune autonome du Saint-Empire romain de nation germanique vers le 12è s, et plus précisément vers 1115. En cela la République de Florence est assez comparable du point de vue de l’autonomisation.

Au 12è la commune est gouvernée par 12 consuls assistés d’un conseil. Ces 12 consuls sont les représentants des principales familles aristocratiques de la ville et notamment celles qui ont un pouvoir financier pour lever des armées et partir à la conquête des campagnes environnantes. Clemenceau disait que pour gouverner il faut être un nombre impair et 3 c’est déjà trop : très vite la ville bascule dans les guerres civiles, les grands familles, pour s’imposer, vont se déchirer et se faire des guerres. Notamment deux familles vont se dégager : les gibelins, qui vont soutenir le Saint-Empire, et les guelfes qui vont soutenir la papauté. En effet, à cette période là, le Saint Empire est en guerre avec la papauté et cela va se retrouver à Florence. Mais le pire c’est que cette division entre partisans de l’Empire et de la papauté va diviser au sein des familles, il va y avoir donc également des guerres fratricides qui empêchent alliances et partage du pouvoir. Les factions se battent jusqu’à la mort, le seul moyen de remporter le pouvoir est d’éliminer la partie adverse, climat politique assez pourri.

Au 13è Florence compte une 50taine de groupes familiers puissants qui s’affrontent dans le centre-ville. Comme la guerre devient de plus en plus présente à l’intérieur des murailles, chaque famille va se regrouper dans des groupes compacts au sein des maisons. Les maisons, à l’intérieur même de la ville, se transforment alors en forteresse. Ainsi la ville, dans ce climat de guerre civile endémique, encaserne ses quartiers, c’est ainsi plus de 200 tours construites à l’intérieur de la ville. Évidemment les florentins ne sont pas épargnés : pour éliminer la fraction rivale on va faire le siège de la maison d’en face mais aussi mettre le feu aux entrepôts, même ceux des soutiens, faire des pressions sur les commerçants, mettre la mains sur les immeubles de location, bref attaquer ce qui rapporte du revenu à l’adversaire. En 1304 ce sont 2000 bâtiments qui sont incendiés. Bref 3 siècles de guerres fratricides, les grandes familles s’épuisent à s’entre-tuer de sorte qu’elles disparaissent peu à peu au profit de familles bourgeoises qui elles s’enrichissent de la guerre.

Parmi ces familles bourgeoises une va marquer l’histoire : les Médicis. Malgré ce contexte violent, pénible pour Florence, c’est bien entre le 12è et 13è que monte en puissance le popolo : un corps politique qui s’organise à côté des institutions de la commune avec son conseil, on gonfalonier et ses vingt compagnies militaires, et à sa tête se trouve le capitaine du peuple qui est un étranger à la ville, appelé temporairement à occuper la charge de capitaine et doté de vastes pouvoirs. On voit, durant cette période, passer le consulat en podesta : à tête il y a toujours un magistrat suprême mais cette fois d’origine étrangère, appelé pendant un laps de temps précis.

En 1260 Florence tombe dans les mains des gibelins, les guelfes sont condamnés à l’exil mais ils reviennent 6 ans plus tard, en 1266, avec l’aide du royaume de Naples. Quand les guelfes ils sont condamné à mort, à la déportation, à des amendes : on est dans le cycle de la vengeance et les gibelins paient cher leur 6 années de pouvoir. Le parti des guelfes se retrouve très vite dans une situation de faiblesse.

En 1282, cf épisode des vêpres Siciliennes, les siciliennes massacrent les angevins ce qui fait tomber, par effet de domino, la Romagne, ville voisine de Florence, dans les mains des gibelins. La guerre reprend entre gibelins et guelfes mais l’exaspération est trop forte : il est décidé de créer un nouveau gouvernement au-dessus des querelles de clan et de parti.

Ce sont alors les représentants de corporations de métier : la république tombe dans les mains de corporations de métier. Les 3 plus prestigieuses corporations de la ville, les 3 arts, sont l’art des grands marchands, l’art des banquiers et l’art de la laine. Ces grands arts désignent chacun un magistrat que l’on nomme prieur, qui sont renouvelés tous les deux mois.

Ainsi la République de Florence, après avoir été détruite par les très grandes familles aristocratique, tombe entre les mains des grandes familles, c’est-à-dire les riches bourgeois de la ville qui vont renforcer leur pouvoir en contrôlant les institutions. Ces bourgeois, qui obtiennent le pouvoir de la République, vont exclure du pouvoir les anciennes très grandes familles. Ainsi, en 1389 les arts prennent des ordonnances publiques excluant les nobles de la vie politique (nobles appelés à Florence les « magna », « grands »). Pour ne pas tomber dans le statut de magna, qui n’ont plus de pouvoir politique, il faut appartenir à l’une des corporations. Ainsi on voit que les nobles, pour contrecarrer le système et revenir dans les institutions de la république, sont obligés de se constituer en corporations, sous la protection d’un art. De 1282 à 1434 on peut considérer que la République florentine atteint son apogée car, en plus de cette transformation politique, la ville va pouvoir soutenir son ascension économique mais aussi devenir une véritable puissance artisanale, marchande et financière. Puisque la République doit devenir économiquement moderne, elle va moderniser sa gestion administrative et c’est sur cette gestion renouvelée qu’il y a une originalité, une inventivité politique des florentins qui vont démultiplier les procédures délibératives et expérimenter de nombreuses combinaisons : ils vont essayer de mélanger tirage au sort, élection, cooptation à tous les niveaux.

Par cette transformation la commune pose sa première base constitutionnelle, sa première constitution stable - appelée le popolo – qui est désormais hégémonique puisque l’ancienne aristocratie a été marginalisée.

Le priorat, initialement exclusivement recruté dans les 3 grands arts, va devenir l’organe central de la République. Ces prieurs vont être associés de deux collèges qui vont permettre d’associer les couches dirigeantes de la bourgeoisie à la gestion de la cité. Ce priorat est contrebalancé par des magistratures et par des conseils législatifs. Ces magistrats et ces conseillers siègent par tirage au sort ; ainsi celui-ci va être l’une des originalités du fonctionnement politique de Florence puisque ce système est généralisé à toutes les procédures à partir de 1328. Mais : les personnes tirées au sort ont été préalablement sélectionnées par des commissions électorales et les scrutateurs de ces commissions sont toujours des partisans des grandes familles, ce qui leur permet de toujours garder le pouvoir entre leurs mains.

Ainsi il y a des listes de personnes qui sont dressées, considérées comme dignes d’être tirées au sort, et les quotas sont répartis inégalement entre les arts (certains vont avoir plus de candidats que d’autres.) Il y a une distinction entre arts majeurs et mineurs, ce qui permet de renforcer l’emprise de l’élite sur la république. Bref, le grand perdant est le petit peuple ; ainsi, de temps en temps, il y a des insurrections populaires, derrières les apparences démocratiques c’est un système aristocratique qui est mis en place.

En effet l’objectif du tirage au sort est surtout d’aboutir à un consensus au sein des couches dominantes de la république et son intérêt réside dans le fait qu’il permet de réglementer une alternance entre les différents groupes ou arts majeurs. Sur à eu près 50 à 70 000 habitants seulement 4000 sont pré-sélectionnées et environ 3000 dont le nom est mis en bourse (étape pour être tiré au sort). C’est donc environ 1/3 des membres de corporations officiellement reconnus qui contrôlent Florence.

On se rend compte que cette république oligarchique : il n’y a aucun hasard dans le système du tirage au sort ; et pourtant, malgré le vice, face à la pression du duché de Milan les humanistes florentins font idéologiquement de leur commune le héros de la liberté républicaine, notamment face à Venise. Il va y avoir un discours et en face, concrètement, des institutions qui sont totalement opposées à ce fonctionnement. Au mieux cette élite politique va élargir de temps en temps la liste des personnes qui peuvent être pré-sélectionnées mais l’objectif reste clair : le tirage au sort, tout le temps, doit aboutir au consensus au sein des classes dominantes.

Comme si cela n’était pas suffisant la république va encore + truquer le processus : elle va créer des accoppiatori pour qu’ils cherchent, selon leur gré, des noms dans les bourses pour les mettre dans des sacs à part, appelés borselino. De ces sacs sortent les deux prieurs et le gonfalonier de justice, donc on choisit encore plus précisément les postes. C’est ce qu’on appelle la procédure d’élection « a mano », à la main. Les luttes de pouvoir vont donc reprendre et continuer, car il faut bien placer son agent.

Les luttes continuent et, au lieu de toucher les grandes familles, cela va mettre en scène les corporations. Ainsi, pendant toute la période du second popolo il va y avoir d’importantes querelles qui vont opposer les arts majeurs et mineurs dans la répartition des pouvoirs à l’intérieur de la cité.

Le climat d’insécurité va continuer à Florence et, pour essayer de l’éteindre, les florentins vont à la fin changer le système consulaire pour mettre le système de podesta, un étranger à la tête de Florence, pour qu’il soit au-dessus des factions. Évidemment l’étranger va suivre celui qui a la bourse la plus remplie, donc très souvent les podesta sont corrompus. Il arrive que le pape intervienne dans la vie de Florence et, notamment, il impose la réunion d’une assemblée avec tout le monde (peuple, arts, grandes familles) mais cela ne mène à rien car la guerre est dans l’ADN de Florence.

En 1342 Gautier VI de Brienne, duc d’Athènes et chef de l’armée des mercenaires de Florence prend le contrôle de la ville, fait un coup d’E militaire : Florence tombe sous son joug et les institutions communales sont renversées. Mais en 1343, l’année suivante, les aristocrates, les arts, va réussir à provoquer une émeute et à le chasser du pouvoir. En repoussant Gautier de la ville elle repousse aussi le modèle d’un prince de Florence même si beaucoup de familles rêvent de devenir prince, hypocrisie institutionnelle.

A la fin du 14è les tentatives de coup d’E vont se multiplier, financé en grande partie par les Médicis. Ainsi, contrairement à leurs concurrents de l’époque, ils ne se lancent pas dans de grandes aventures marchandes mais préfèrent prêter de l’argent au pape ou au prince pour s’enrichir ; ce ne sont pas des spéculateurs mais des gens patients. Au fur et à mesure du temps cette stratégie va être redoutable puisqu’une clientèle de partisans vont tomber dans les mains des Médicis, dont tout le monde devient le débiteur. Ainsi, en prêtant de l’argent à tout le monde, ils peuvent se présenter comme les protecteurs de Florence, paient même les impôt de ceux qui ne peuvent pas. En effet ceux qui ne peuvent payer leurs impôts sont rayés des listes électorales, et les Médicis renforcent de facto leur pouvoir politique. Les aristocrates le comprennent et veulent écraser les Médicis qui ont augmenté leur réseau de clientèle, s’étant établis comme les premiers créancier de la République.

En 1433 les grandes familles rivales tentent de faire tuer Côme de Médicis. Côme, après avoir soudoyé ses juges, voit sa peine transformée en exil et là on récolte ce qui était semé : de son exil il exige à tous ses débiteurs de rembourser leurs emprunts, et là : les sommes réclamées sont si considérable que l’économie de Florence est paralysée par la fuite des capitaux. Ainsi les ennemis de Côme sont critiqués par les Florentins ; aux élections de 1434 très largement les partisans de Côme de Médicis remportent toutes les élections, et il rentre triomphalement à Florence après avoir mis à genoux la république. Il va faire exiler tous ceux qui se sont opposés à lui. Ainsi, après avoir pris le contrôle financier, ils vont prendre le contrôle institutionnel de la ville. Pourquoi les Florentins ne réagissent pas ? Ils sont simplement dégoûtés, de plus Côme leur offre la fin de la guerre civile.

Sous la première domination des Médicis les institutions républicaines sont maintenues, c’est-à-dire qu’ils sont des princes sans couronne, ce qui leur suffit. Ainsi, officiellement, ce sont des citoyens comme les autres mais, pour rester au pouvoir, les Médicis vont modifier les procédures pour favoriser leurs partisans. Le tirage au sort est remplacé par une sélection a mano. Les nouveaux conseils créées sont aussi contrôlé par les Médicis ; ils ont exclu des institutions leurs rivaux, ce qui leur confère un pouvoir total sur la République.

Mais ce n’est pas suffisant : ils vont recourir à l’exil à l’issue de procès truqués ou au fisc en confisquant les biens de leurs adversaires pour les éliminer. Ainsi tous ceux qui s’opposent à eux sont soit condamné à l’exil soit à la ruine. Cela n’empêche pas l’apparition de conjuration et, pendant près de 40 ans, il va y avoir diverses tendances républicaines qui vont essayer de combattre les Médicis.

C’est à l’issue de cette lutte, entre tendances républicaines et Médeicis que les geurre l’opposant à Florence va plonger la ville dans une guerre qui la dépacsse. En 1494 Florence doit choisir entre l’Espagne et la France. Ce qui est sûr c’est que Florence n’est pas comptente pour s’opposer, elle va tenter de jouer la diplomatie, va échoue, puis les armes, va échouer. A ces défaites vont s’ajouter les épidémies. La perte en 1474 du statut de créancier de la Papauté, les Médicis perdent encore plus le contrôle. Laurent de Médicis, petit-fils de Côme, va tenter par tous les moyens de le redevenir et d’écarter les Pazzi qui ont repris la main sur ces dettes. Les Pazzi, qui savent que par les voies légales ne peuvent lutter, décident assassiner Laurent mais la conjuration échoue. LE peuple florenti a choisi le camp des Médicis : le peuple soutient son prince. Mais le peuple prend prétexte du massacre de l’évêque de Pise pour chasser les Médicis de Rome est pour excommunier Laurent : les Médicis ont perdu le contrôle des finances, accusés de l’assassinat d’un évêque et sont excommuniés. La situations s’aggrave dautan tplus que, pour ne pas subir les troupe sdu roi de Naples, lui aussi dans le complot, Laurent de Médicis appelle en renfort les armées du roi de France

Lorsque Pierre de Médicis, fils de Laurent, prend le pouvoir, la situation de la famille est périlleuse : les Médicis sont désormais au pouvoir par la volonté et l’appui des français. A cela s’ajoute la faillite de la banque des Médicis car Laurent n’a pas gérer ces affaires. Pierre va chercher à consolider son pouvoir en s’opposant au roi de France, ce qui est peu malin. Ainsi Charles 8, parti combattre le royaume de Naples pour revendiquer un héritage, se retrouver maintenant à écraser Pierre et l’armée florentine.

Pierre se rend compte de la situation mauvaise pour lui, et va négocier avec le roi de France. Ainsi le roi de France exige que le république de Florence lui livre ses places-fortes principales ; tous ses moyens de défense tombent dans les mains des français, en plus de 200 000 florins.

Ainsi Florence a perdu son autonomie et son indépendance ; au retour à Florence les florentins chassent Pierre. Les français rentrent à Florence et, quand ils partent, la ville est laissée et livrée à la tyrannie du moine Savonarole.

En 1512 les Médicis reprennent le pouvoir avec l’aide de Charles Quint. Florence laisse place à un régime princier qui se présente comme le gouvernement du popolo.

I. Le popolo

Ce sont les romantiques du 19è s que Florence et son popolo aurait soutenu qui a permis de penser la République de Florence comme un régime populaire. Cette vision idéalisée de la république de Florence pose avec clarté une question centrale pour la réinvention du politique : qu’est ce que le popolo, est-ce peuple ?

A. Le premier popolo

Si le mot popolo rappelle le mot peuple il ne faut pas s’y méprendre : la construction politique du popolo, comme organisation autonome – c’est-à-dire une sorte d’E dans l’E – est portée par l’essor économique de la ville et ainsi ce popolo émerge dans les premières décennies du 13è s, en opposition aux cavaliers et aux milites qui avaient accaparé le pouvoir consulaire. Les premières revendications spécifiques sont portées dans les années 1190 par des associations de métier en train de s’organiser, c’est-à-dire par les futures corporations (ou plutôt les ancêtres). A coté de ces associations de métier, à partir des années 1220, commencent à se former des associations à base territoriale, c’est-à-dire des associations qui sont capables à la fois de participer à la lutte armée mais aussi capable d’être les porte-voix des intérêts collectifs de la res publica.

A partir des années 1240, en pleine période d’affrontements entre gibelins et guelfes, et avec l’appui des guelfes, ces associations à assise territoriale se réunissent sous le commandement d’un capitaine du popolo qui est un étranger à la cité qui se voit appelé à exercer provisoirement la charge de capitaine, chef militaire néanmoins aussi détenteur d’un pouvoir politique.

Ainsi, entre 1244 et 1245 il y a deux ou trois capitaines du popolo qui apparaissent à côté du podesta. C’est seulement avec la conquête du pouvoir dans les années 1260 que le mouvement populaire composé de marchands et d’artisans plus ou moins aisés, de juges, notaires mais aussi de familles de cavaliers vont créer le gouvernement dit du primo popolo.

Avec l’arrive de ce gouvernement du primo popolo, l’association des cavaliers (des milites) est supprimée. L’ascension du popolo dans la République de Florence s’est faite par la conquête progressive et irrégulière du pouvoir politique et administratif sans transformation du système institutionnel. C’est-à-dire que le popolo soutenait un modèle politique dominé par l’autorité publique, autorité qui est attentive à une gestion judicieuse, efficace des biens et des finances publiques et, comme on l’a vu avec la suppression des cavaliers, sans privilèges accordés aux anciens cavaliers. Qui compose ce popolo ? Les nobles et les notables de la cité. C’est-à-dire que même au moment où la république est dite populaire il y a un caractère élitiste à cette république malgré le nom par lequel elle qualifie son gouvernement.

B. Le second popolo

Les choses changent un petit peu : il vient d’une évolution du premier qui a cédé face à la mobilité sociale, au renforcement et à l’élargissement des institutions corporatives. Il se caractérise par l’étroite articulation entre l’organisation politique de la commune et des arts, avec notamment la mise en place du priorat des arts en 1282 et plus encore avec les ordonnances de justice de janvier 1293. Ces ordonnances relèguent l’ancienne classe dirigeante des magna hors du champs politique, comme on l’a vu, tout en installant définitivement une conception de la république de Florence comme une « fédération souverain d’arts égaux et autonome ». Ainsi, dans ce second popolo, non seulement il faut dorénavant être membre d’un art pour exercer une charge publique mais le processus de désignation aux charges publiques repose notamment sur le principe d’égalité entre les arts majeurs = la légitimité vient du consensus.

Cette conception étonnante va conduire, comme vu, à une tension vive entre d’un côté le système politique, fondé sur les arts, et de l’autre une évolution oligarchique qui tend à restreindre le pouvoir aux familles les plus puissantes, elles-mêmes issues des arts majeurs.

Au cours du 14è s le corporatisme florentin se manifeste avec vigueur, à plusieurs reprises notamment dans les mêmes de crise (cf tyrannie de Brienne), ou dans les années 1390 avec le tumulte des Ciompi qui va redonner vie au consensus de toute la cité.

Donc le consensus va venir être la solutions aux crises politiques ; mais ce tumulte consacre aussi l’échec du système politique citadin reposant sur l’organisation corporatiste ; il est associé au poporazzo, au peuple. Le consensus du grand nombre fait place la sagesse des grands. A la fraternité affichée des membres égaux de l’art se substitue l’image ordonnée et hiérarchisée du lignage familial. C’est-à-dire que la famille devient le modèle pour penser les relations politiques dans une société dominée par une organisation oligarchique.

Ainsi, au 15è, à Florence, ce sont les valeurs de hiérarchie qui vont occuper la place centrale dans la République. C’est là que se trouve la conception du républicanisme florentin puisque celui-ci est assis sur le consensus d’une large classe politique qui est à la fois unifiée et indifférenciée qui occupe des magistratures et des fonctions de plus en plus nombreuses. Plus clairement : voilà deux faces opposées du républicanisme florentin. Sur la première face on voit un aspect égalitaire, qui s’appuie sur l’égalité des arts et des corporations, qui conçoit la république comme une fédération de corps de métiers, de l’autre côté elle est élitiste et cette élite revendique le consensus des citoyens. Ces citoyens »sages et prudents » vont gouverner la cité pour le « bien de tous ».

II. La République

A parti du 14è Florence se transforme donc en oligarchie après l’échec du régime du popolo. Un nombre limité de famille, présentent depuis longtemps à la tête de l’E dont ils ont confisqué le pouvoir, va permettre l’ascension des Médicis qui n’a pas remis en question le fonctionnement de la République, du moins les Médicis n’ont pas remis en cause ce fonctionnement jusqu’à l’attentat des Pazzi. Durant les premières décennies des Médicis, Côme n’exerce pas plus de magistratures que les autres citoyens qui ont déjà fait de la politique une activité professionnelle. Ainsi Côme va servir deux fois comme l’un des douze bonhommes, 2 fois comme gonfalonier de compagnie, 3 fois comme gonfalonier de justice et tout cela sur deux années au pouvoir. Si personne n’est duper de cette toute puissance, lui-même, Côme, se présente comme un simple citoyen, issu d’une famille populaire, toujours soucieux d’obtenir le consensus de ses concitoyens de son origine sociale.

Il manipule la république et notamment le système électoral : sans modifier les règles du scrutin, qui sélectionne une liste de citoyens considérés comme compétents, quand il ressort a la mano il réussis à recourir, par cette procédure, à faire en sorte que le tirage au sort devienne une véritable cooptation. En mettant des scrutateurs qui lui sont fidèle il assure le fonctionnement des commissions électorales. Dès lors la seigneurie masquée repose moins sur des processus institutionnels que sur une construction du consensus à travers le réseau de rapports personnels. Construction du consensus qui repose sur la mobilisation de réseaux personnels, c’est-à-dire des rapports qui peuvent être de l’amitié, de la parenté, de la sociabilité, etc. C’est sur un réseau interpersonnel que fonctionne réellement la seigneurie des Médicis.

Ainsi de Côme de Médicis à Laurent le Magnifique le pouvoir des Médicis est personnalisé. En 1478 ce système est réorganisé pour renforcer le contrôle du pouvoir par un homme, à sa concentration. C’est dans ce contexte très particulier d’une République qui se personnalise que des penseurs comme Machiavel vont réfléchir la République.

A. Le républicanisme

La notion d’humanisme civique désigne les idéaux qui émergent à la fin du 14è et début 15è. Ces idéaux prennent racine dans la philosophie antique, grecs et romains, mais aussi dans la pensée politique médiévale. Ces penseurs, ces humanistes, vont essayer de proposer une synthèse originale de l’héritage antique et médiéval. C’est important de relever ces auteurs : le rôle des intellectuels florentins, depuis les humanistes comme Leonardo Bruni au début du 15è, jusqu’à Machiavel est tout à fait crucial dans cette généalogie du républicanisme.

Bruni est Machiavel sont connus mais il faut rappeler à quel point le contexte idéologique et politique est particulier, celui de Florence. Par ce contexte on comprendra mieux ce qu’est la République.

La première dimension, sans doute la plus significative, est que l’humanisme civique s’est édifié et transformé en une sorte d’idéologie officielle de la république florentine. Le république florentine va se doter d’un discours officiel alors même qu’elle vit à ce moment là pleinement sa nature oligarchique qui est contrôlée par une catégorie socio-professionnelle particulière : les corporations et les Médicis vers la fin. Ainsi, lorsqu’on lit le Prince de Machiavel, il ne faut pas oublier que l’on défend une façon de penser le républicanisme, à la fois oligarchique et aristocratique, car le mot peuple signifie « citoyen » et, par le système de pré-sélection, est oligarchique.

3 clivages opposent les théories du républicanisme qui s’édifient à ce moment-là à Florence :

- le premier concerne la place du conflit civil dans la République. Alors que la guerre civile est considéré comme un péril fondamental dans toute l’histoire de la République il faut quand même constater que son importance réelle a été capitale dans son fonctionnement. Il a fallu attendre Machiavel pour qu’une théorie politique vienne expliquer la guerre civile, et il va expliquer qu’elle est non seulement importante mais nécessaire à la République car « de la discussion naît la lumière » ; la République intègre la guerre civile car c’est une discussion qui a une forme particulière.

Évidemment Machiavel, qui pousse sa logique à l’extrême, préfère que ce conflit civil se passe dans un cadre normatif, que le recours aux armes soit une extrême finalité. Ainsi, à sa lecture, on lit aussi un éloge du conflit civil dont le règlement principal et prioritaire doit s’inscrire dans la loi mais, lorsque ce n’est plus possible, peut passer par la guerre civile.

- le rôle de la participation civique dans le républicanisme. Comme on l’a vu Florence est à la fois un régime politique qui favorise le système des arts et les grandes familles à la fois ; le dosage entre ces deux varie considérablement en fonction de la période où l’on se situe. Ainsi les écrits des humanistes civiques, comme Machiavel, comme Bruni, sont le fait d’intellectuels qui ont pris parti pour un point de vue (celui des arts ou des grandes familles). On peut ainsi trouver dans les réflexion de ces penseurs un républicanisme paternaliste qui peut coexister avec un républicanisme participatif.

- le troisième clivage, qui recoupe le second, porte sur la place des couches subalternes dans la République : il s’agit là du popolo. Rappel : à Florence il est très loin ce que nous entendons par peuple. Le popolo minuto, le petit peuple, est exclu de la citoyenneté, comme les femmes, les paysans des territoires avoisinants, comme les populations des territoires conquis (mais elles bénéficient d’une sorte d’autonomie). Le tumulte des Ciompi provient de la dichotomie entre la ville et ses campagnes.

Toutes l’histoire de la république florentine est marquée par la taille du cercle : d’un côté les majeurs, membres du gouvernement strito, resserré, celui des familles, et de l’autre est proposé le gouvernement largo, avec les arts mineurs, les couches populaires et les familles ; il y a cette tension dans le républicanisme.

Ces clivages vont laisser des traces dans la tradition républicaine. Lorsque la France fait sa révolution, Robespierre va vouloir instaurer la première république, large, renversée au profit d’un gouvernement restreint.

B. Les procédures électives

L’histoire de la République de Florence est intéressante aussi pour les procédures électives qui peuvent dérouter. Leur variation incessante va rendre difficile la distinction entre ce qui relève des principes et des arrières pensées.

Il faut commencer par constater que les élections ne sont ni une avant-garde, ni foncièrement républicaines, que Florence reprend. Étymologiquement l’élection ne peut pas se confondre avec le vote des représentants. A Rome l’élection est une sélection à Rome ; pour cela elle peut être effectuée par consensus ou par tirage au sort des noms inscrits sur des morceaux de parchemin. Lorsque la république de Florence fait le choix de cumuler élection et tirage au sort elle fait finalement un choix conservateur, celui de garde ce qui était avant, et de ne pas évoluer vers un gouvernement représentatif. Ainsi l’histoire de la République de Florence montre que la victoire de l’élection n’est pas à mettre en opposition avec le mécanisme du tirage au sort. En effet on a tendance à vouloir penser comme Aristote (élection = aristocratique ; tirage au sort = démocratique), cela n’est plus vrai depuis Rome, il n’y a plus d’opposition. Dans le cadre du vote de compromis à plusieurs échelons, les élections, le tirage au sort et la cooptation peuvent très bien être combinés dans un même objectif.

Ainsi le tirage au sort, à Florence se présente comme un moyen efficace pour favoriser le consensus au sein des élites et les élections, par le système de la pré-sélection, parce qu’elle ne sélectionne pas des candidats en concurrence, ne visent pas à inscrire une pluralité restreinte de noms dans les charges publiques. C’est-à-dire que l’élection, dans la république de Florence, doit être conçu dans la logique d’un examen : on élit celui qui a la capacité de gouverner la cité.

Il existe bien sûr à Florence des formes représentatives, et la notion de représentation, dès le 13è s, est utilisée par les philosophes et juristes ; elle sert à décrire la façon dont les groupes peuvent persister et agir dans la durée sans jamais se réunir en assemblée plénière, et donc sans que cette réunion ne constitue un moment fondateur. Ainsi le lien de représentation juridico-politique ne relève pas de la théorie de la représentation-mandat, que nous avons aujourd’hui tendance à percevoir, parce que la représentation-mandat est une création ultérieure du 14è qui va coexister avec la notion de représentation-identité. Cette représentation-identité, élaborée dans le cadre du droit des corporations et du droit communal, pense les représentants comme une partie qui peut agir comme le tout plutôt que pour lui.

Ainsi l’optique de la représentation-identité les représentants sont une représentation du tout, c’est-à-dire qu’ils permettent la présence réelle du tout plutôt qu’ils ne rendent présente une réalité absente, celle du représenté. Donc l’opposition entre représentation-identité et représentation-mandat est particulièrement frappante dans les exemples où les différents groupes statutaires se voient reconnu le droit d’avoir des représentants issus des instances de celles-ci mais pas de les nommer eux-mêmes.

L’idée qui guide les procédures électives florentines est de composer la partie qui puisse le mieux incarner le tout et la faire exister, et non de demander à des groupes de déléguer leur pouvoir à des mandataires. Ainsi, dans ce système, les élections ne sont qu’un moyen parmi d’autre pour atteindre le bien commun et sont combinées avec d’autres procédures, comme le tirage au sort. C’est ainsi que les instances non-élues ne peuvent pas être séparées de l’affirmation d’une certaine liberté florentine. C’est pour cela que les couches populaires à Florence n’ont jamais porté l’élection comme un moyen d’affirmer leur souveraineté ; les citoyens ont surtout revendiqué de participer.

SI à Florence les pratiques politiques s’écartent de la norme idéale, le gouffre n’est pas forcément plus grand que celui qui existe aujourd’hui en Europe entre norme constitutionnelle et la démocratie existante.

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