• Sylvie

Histoire de la république - 2

Chapitre 2 : La crise de la res publica

Privés de leur richesse la plupart des paysans perdent aussi leur droit à l’action. Il faut donc tout recommencer à zéro, emprunter de l’argent pour remettre les domaines en productions. Ils cherchent cet argent auprès des riches, des aristocrates. Ainsi l’aristocratie romaine a spéculé sur l’impossibilité de tous ces soldats démobilisés à pouvoir rembourser leurs emprunts pour récupérer, en guise de compensation de la dette non remboursée, la dette de tous ces débiteurs appauvris. Ils cèdent leurs terres aux grands exploitants. Ainsi la plupart de ces anciens soldats perdent très souvent aussi leur droit à l’action, qui est très important.

Dans les premières siècles avant J.-C. La société romaine va se dégrader en profondeur. Les patriciens entendent garder la part du lion qu’ils se sont constitués. Aristocrates et sénateurs vont systématiquement refuser toutes les demandes relatives à la redistribution des terres. Néanmoins certains sentent le danger arriver ; ainsi ces sénateurs vont se réunir dans le parti des populares (de la population) afin de défendeur au Sénat les intérêts du peuple. On trouve, au contraire, eux qui défendent les intérêts des l’aristocratie, les optimates (les meilleurs). Les premiers sont les réformateurs, les seconds les conservateurs.

En -133 le tribun de la plèbe Tiberius Gracchus propose une réforme agraire ambitieuse aux sénateurs : il les oblige à soutenir une loi obligeant à appliquer une limitation du terrain détenu par une personne. Il veut qu’une personne ne puisse pas détenir plus de 125 hectares, ce qui est déjà pas mal. Il demande que les excédents soient redistribués aux citoyens par lots de 7 à hectares. En contrapartie il invite les sénateurs à ce que les propriétaires des dépossédés, qui devront abandonner les hectares, soient exemptés d’impôts. Le projet semble raisonnable et avoir de véritables conséquences concernant l’apaisement des esprits.

Mais les sénateurs, au lieu de comprendre que cette réforme allait dans leur sens, s’y opposent et haïssent Tiberius Gracchus, voient dans son projet une spoliation et, plus fondamental peut-être, une atteinte morale à leur droit héréditaire sur le domaine public.

Le Sénat va donc corrompre les institutions plébéiennes pour faire obstacle à Tiberius Gracchus. C’est à l’issue d’une révolte organisée et provoquée par les sénateurs que Tiberius et 300 de ses partisans sont assassinés : le mouvement des réformateurs est massacré. Mais, bégaiement de l’histoire : en -123, 10 après à peu près, c’est Caius Gracchus qui va reprendre le mouvement des populares. Il va réussir à mettre en vigueur sa loi agraire mais va être beaucoup moins otlérant vis à vis des sénateurs, puisque dorénavant elle aura une zone d’application plus grande : il vise non plus l’Italie du sud mais en plus tous les territoires d’Outre – mer, chasse gardée des séntaeurs.

Caius oblige également les sénateurs à distribuer le blé : c’est à eux d’assumer les écarts de prix, et décide d’accorder la citoyenneté aux latins (et non plus seulement aux romains). Cette réforme va permettre de redistribuer les cartes sur la composition des fortunes et donc des comices.

La pression descend un peu puisque toutes les personnes qui font l’objet de réformes peuvent espérer s’enrichir. Alors Caius, voyant la situation se calmer, se rapproche de l’ordre équestre, les equites, pour assurer sa majorité au Sénat, et c’est là que tout dégénère : les optimates, bien qu’ils concèdent quelques choses, refusent d’être mis en minorité au sein de leurs propres institutions. Ils vont donc assassiner également Caius Gracchus, tué au milieu de ses partisans.

Ainsi la tentative des frères Gracques s’achève définitivement dans le sang ; l’élite romaine pensait bien faire, en réalité elle vient de perdre sa dernière chance de se réformer sans passer par la guerre civile.

I. La guerre civile

A. Le temps des dictatures

En -133 Rome étend encore ses frontières en Asie mineure, dans le sud de la Gaule, à Narbonnèse et l’équivalent de l’Espagne actuelle. Un nom ressort : Caius Marius. Marius est au départ un soldat qui gravit tous les échelons de l’armée jusqu’à devenir général. Il va avoir des ambitions politiques qui vont être maintenues par les chevaliers, l’ordre équestre. Ainsi, se sentant soutenu par l’un des partis à Rome, décide d’y retourner pour se présenter au consulat. Il mène un campagne assez démagogique qui lui permet d’être triomphalement élu. En -107 Marius est réélu consul, et cela pose problème : c’était interdit d’être réélu. Il profite de son nouveau consulat pour refondre l’armée romaine. Par sa réforme il professionalise l’armée romaine ; le revers est que maintenant l’armée est devenue un acteur politique, ce qu’elle n’était pas avant.

L’armée, puisque maintenant armée par un homme et non plus par une institution, va dorénavant servir un homme et non plus la res publica. Ainsi, grâce à l’appui de l’armée, Marius, soutenu par les populares va bafoue la tradition républicaine.

En -101 Marius et ses partisans sont à leur apogée. Ils triomphent partout et les populares savourent d’autant plus leur position de force que le Sénat donne l’impression de s’incliner. Il fait voter des lois agraires en faveur des vétérans démobilisés, organise de nouvelles distributions de blé, bref se fait continuateur des Gracques. C’est dans cet état d’esprit que la loi de la les maiestate (la majesté) est votée pour signifier que la volonté du peuple romain est indiscutable.

On imagine que l’ordre équestre, qui a soutenu Marius, s’effrayer : il voit une subversion inégalitaire à l’ordre social. Ils vont se détacher de Marius et se rapprocher des optimates, d’une partie des sénateurs.

Ainsi les optimates vont être très attentifs à l’émergence politique du jeune Lucius Cornelius Sylla, jeune ambitieux issu d’une famille aristocratique. Sylla s’est illustré dans une campagne contre le roi de Numide, qu’il a capturé, et contre les germains. Marius ne voit pas d’un bon œil cette entrée en politique dans le camp des optimates, les deux hommes se haïssent. En -91 ce qu’avaient prédit les Gracques se produit, c’est-à-dire que les populations italiques se révoltent contre Rome.

Marius et Sylla interviennent pour établir l’ordre. Marius ne fait pas de miracles, c’est le contraire pour Sylla. Fort de ses gloires militaires Sylla se fait élire consul et va réduire les pouvoirs des tribuns de la plèbe, des populares. Le vent tourne : Marius s’exile en Afrique mais il va revenir à Rome se venger. Marius, profitant du départ de Sylla, va abroger les lois de Sylla et va faire régner à Rome un ordre de terreur et faire massacrer les optimates.

En -86 Marius meurt et Sylla rentre de son expédition militaire à Rome en -83 : c’est alors la catastrophe, Sylla et ses soldats aguerris vont massacrer les marianistes, la répression est terrifiantes, des familles entières disparaissent. Rome n’avait pas connu un tel déferlement de violence. La composition de l’aristocratie romaine est complètement purifiée, ce qui rend au final Sylla intouchable. Comme il est devenu l’homme fort de la situation Rome lui donne la dictature.

Dictature : terme juridique, son histoire commence à Rome. Attestée dès -501, ses origines sont obscures. Vraisemblablement elle est née à travers les besoins ; on suppose que ce sont les consuls qui ont estimés, avec l’assentiment du Sénat, de créer cette nouvelle magistrature au dessus des consuls, avoir un magistrat qui puisse faire face à la nécessité seule. La dictature aurait été dans ce sens, à ses débuts, une réponse à un besoin ponctuel. C’est pourquoi les textes romains précisent très tôt l’objet de la dictature. Quand on les étudie on en distingue deux types :

- le salut public dans sa totalité

- la dictature pour des tâches importantes mais beaucoup plus précises mais qui ne met pas en cause le destin de la res publica.

Comme il n’y a pas de règles, la dictature de la magistrature est coutumière. Comme pour la coutume, peut-on estimer qu’elle est encore valable si elle ne s’applique plus ? Ne serait-elle pas tombée en désuétude ? On connaît la réponse : il y aura des dictature.

A Rome la dictature n’est donc pas une violation de la constitution car aucune règle ne l’interdit. La dictature n’est même pas une dérogation car aucun texte ne délimite les pouvoirs du dictateur.

Ainsi la dictature primitive, dans ses premiers temps, n’est pas une magistrature exceptionnelle car elle ne fait pas exception à une règle établie ; c’est une magistrature qui est extra-ordinaire. Pourquoi ? Parce qu’elle n’est pas renouvelée tous les ans.

C’est la coutume qui va poser des limites à l’exercice de la dictature. La première des règles est celle des six mois. Le dictateur peut bien sûr abdiquer avant son terme. Cette règle vient d’une pratique, une opinio juris qui s’inspire du droit coutumier, ce n’est pas une limite. Cette coutume est cependant relative qui peut être niée : par exemple le dictateur Camille est resté pendant 7 mois, car 6 mois n’étaient pas suffisants. Privanas, lui, est resté dictateur 1 ans ; c’est donc une règle indicative plus qu’impérative.

Le dictateur doit-il abdiquer ? Camille a voulu le faire au bout des six mois et c’est le Sénat qui l’a maintenu un mois supplémentaire. A l’inverse Capitolinus, qui avait fini sa mission plus tôt, a profité des derniers mois pour combattre un peuple ; là les romains y ont vu un détournement de pouvoir. Se pose alors la question de la dictature dans l’ordre constitutionnel : est-ce que les actes du dictateur doivent faire l’objet d’un contrôle d’abus de pouvoir, ce qui serait la conséquence logique de l’absence de collégialité.

Pendant les six mois de la dictature, comme pour l’accomplissement d’une mission spécifique, aucun organe ne peut sanctionner l’abus de pouvoir du dictateur; c’est la nature extra-ordinaire de sa magistrature qui lui permet de nier les lois, faire comme si elles n’existaient pas.

Ainsi, pendant la dictature, la constitution romaine n’est pas suspendue, elle est niée. On se rend compte ainsi qu’elle est un restauration momentanée de la monarchie, d’un part parce que la règle de la collégialité est suspendues, et que la dictature perturbe la répartition des pouvoir sans défaire l’ordre constitutionnel. En ce sens, la dictature est une organisation particulière de la constitution.

La dictature primitive n’implique ni dérogation, ni violation, ni suspension de la constitution. Il est nommé par un tribun ou un consul, non pour la sauvegarde la respublica mais pour la sauvegarde de l’ordre.

Pour revenir à Sylla on se rend compte qu’elle prend une forme originale par rapport à ce qui vient d’être présenté. Il ajoute à ses pouvoirs de dictateur une illimitation de durée : il est dictateur à vie. Le but de sa mission : le retour de la paix à Rome, autrement dit aux calendes grecques.

Les sénateurs, qui reprennent du pouvoir, votent la lex valeria pour donner mission à Sylla de « rétablir les fondements de la res publica et de rédiger des lois », c’est-à-dire reformer la res publica autour d’un ordre nouveau. Sylla obtient les pouvoirs du Sénat lui-même. Les conséquences de cette loi sont terribles puisqu’elle établit légalement un tyran pour la res publica. Sylla profite de tous ses pouvoirs pour modifier la composition du Sénat et lui donne le pouvoir d’approuver tout projet de loi avant qu’il ne soit soumis au peuple. S’il réduit le pouvoir des tribuns de la plèbe il réorganise les magistratures en augmentant le nombre de questeurs et de prêteurs, et modifie le cursus honorum. Il lance, en plus, de grands projets urbains.

Mais son œuvre majeure est dans ses lois pénales : la proscription des marianistes, la dégradation civique (confiscation des terres) a eu des conséquences catastrophiques sur la citoyenneté romaine. En effet, en appréhendant de manière unitaire le crime d’E, regroupe au sein de cette qualification plusieurs actions : la citoyenneté à Rome a cessé de se définir exclusivement comme un statut objectif. Pour être citoyen romain, avec Sylla, il faut maintenant aussi agir en fonction de l’intérêt public défini par le gouvernement.

La loi pénale défini ainsi comme factieux ceux qui divisent Rome, c’est-à-dire tous ceux qui ne sont pas de l’avis du gouvernement. Ainsi Sylla met fin à l’égalité entre les citoyens et a même redéfini la citoyenneté : il y a d’un côté les gens de bien et les autres, qui sont des proscrits. Sylla impose la paix au détriment de la liberté. Nulle part, dans les territoires de Rome, la citoyonneté n’est protégée.

L’effet dévastateur de ces mesures d’exception, passées dans le droit commun, est qu’au fond la citoyenneté romaine est devenue accessoire. Un étranger peut se prétendre proche des valeurs de Rome s’il agit dans l’intérêt de la res publica qu’un romain. Or, la res publica est née d’une insurrection des romains contre les étrusques, étrangers : on arrive à un paradoxe historique.

En -79, un an après le début de sa dictature, Sylla renonce à la continuer. Bref, la dictature de Sylla n’a duré qu’un an, mais quelle année quel bouleversement. Le recours à l’homme providentiel a fait naître des ambitions chez de nombreuses personnes. Pompée, le nouvel homme de confiance, obtient le sénatoriat avec Crassus, l’homme le plus riche de Rome. Il relie autour de lui les aspirations des populares. Pour l’emporter sur son collègue Pompée réclame l’imperium et l’obtient. Crassus qui ne veut pas se retrouver seul décide de soutenir les ambitions d’un jeune homme énergique, Jules César. Pompée comprend la manœuvre, aussi décide- t-il de marier sa fille avec César, comme il le soutien dans sa campagne à devenir consul en -59. Ainsi on se rend compte que César est le grand gagnant : il bénéficie de l’or de Crassus et du prestige de Pompée. Pourtant il n’a aucune sympathie pour eux, son seul objectif est simple : contrôler Rome. Pompée et Crassus le comprennent bien ; aussi lorsque César leur propose d’intégrer la Gaulle dans l’Empire romain ils le soutiennent, pensant qu’il va s’y briser. César parvient pourtant à soumettre les gaulois à la bataille d’Alésia. Il est prêt à retourner à Rome pour récolter son triomphe.

A Rome Pompée se prépare au retour de César en se faisant voter l’imperium proconsulaire il lève des troupes qui lui ont liée personnellement ar un serment et air alliance avec les optimates. Pompée devenir l’agent du Sénat contre César.

César va rentrer dans Rome avec ses armées, ce qui pousse Pompée et les sénateurs à fuir la ville. César les poursuit jusqu’en Egypte et leur reproche de diviser les romains ; il va s’arroger touts les pouvoirs et en -49 se reconnaît dictateur par lui- même, encore une entorse à la dictature. Sans limite de durée, César va mettre en œuvre des réformes universelles qui vont toucher à l’organisation des pouvoirs publics, sa dictature a des prérogatives encore plus étendues que celles de Sylla.

Il va en profiter pour restaurer à Rome un gouvernement de type monarchique, toutes les institutions traditionnelles tombent sous son contrôle. Il donne une nouvelle dimension à la dictature : il en fait un régime politique dénué de toute idéologie d’inspiration monarchique et soutenu par le peuple. En -44 César achève la conquête du pouvoir en se faisant confier la dictature à vie et devient également grand pontife, le grand prêtre de Rome, ce qui lui permet de porter tous les jours les atours de la liturgie du triomphe, c’est-à-dire la fameuse couronne lauriers entre autres. Il devient le père de patrie, se fait appeler divus (divin), par décret du Sénat. Le nom seul de roi lui manque mais il refuse ce titre. Le mot roi est un tabou à Rome.

Sous sa dictature il exige que les vastes territoires conquis soient gérés avec équité par des gouverneurs surveillés de près. En contrôlant les colonies et l’aristocratie romaine, César dérange l’oligarchie qui a pris l’habitude de constituer des fortunes sur le pillage des colonies et provinces conquises. Il devient ainsi un tyran aux yeux de l’élite romaine. Le 15 mars 44 av JC, en plein Sénat, Jules César est assassiné des mains mêmes des sénateurs.

B. Le temps des princes

Brutus, Cicéron et la vieille garde sénatoriale parlent de paix civile. Le peuple aimait César. C’est dans ce contexte qu’entre en scène Octave, petit-neveu de César qui, dans son testament, l’a désigné comme son fils adoptif posthume. Ainsi, depuis la mort de son père adoptif, il s’appelle Octave César. Il ne pèse par lourd face au puissant Marc-Antoine, le plus puissant des césariens. Mais les conjurés voient en Octave une marionnette avec lequel ils peuvent jouer. Ils se leurrent, et il va révéler comme le plus habile manœuvrier.

Lorsqu’il demande son héritage à Marc Antoine celui-ci est peu consentant. Alors, pour préserver un certain équilibre entre les deux hommes, un triumvirat est établi avec Lépide autour d’un projet simple : venger la mort de César. Les triumvirs se répartissent le pouvoir et se l’attribuent pour 5 ans.

Marx Antoine s’installe en Egypte et tombe amoureux de Cléopâtre. Octave, lui, va rester à Rome, et Lépide ne compte pas vraiment : le monde romain est divisé en 2.

En -36 Octave prétexte que Marc Antoine a eu une attitude douteuse dans sa guerre contre Pompée pour le destituer de son triumvir. Il lance la charge et la même année reçoit les honneurs du triomphe ; il faut désormais « empereur césar, fils du divin Jules » et se fait attribuer l’immunité des tribuns de la plèbe. Marc Antoine, en divorçant d’Octavie (sœur de Marc Antoine), pousse Octave à déclarer la guerre à Marc Antoine qui perd la bataille d’Actium. Cléopâtre et Marc Antoine préfèrent se suicider que de se rendre à Octave.

Instruit de l’exemple de Jules César Octave décide de garder la vieille république jusque dans ses moindres structures. Avec lui la république allait donc poursuivre sa carrière mais sous une autre forme, l’empire Romain, par le princeps : le premier des citoyens, descendants d’Octave.

La famille d’Octave obtient du Sénat la maiestas : c’est-à-dire que juridiquement les sénateurs sortent les fils d’Octave de la normalité pour les poser comme les premiers des romains. Celui qui va remplacer Octave va lui-même avoir la primauté sur la propre famille : romains<famille<successeur direct d’Octave.

Ainsi, par l’institution de la majesté, il y a désormais le prince, sa famille et le reste. Seulement cela ne suffit pas à affirmer la famille des judéo-claudiens. Ainsi de Tibère à Néron le principa n’a survécu que par une suite de hasards et de coups de chance : c’est un système précaire mais increvable, paisible. Ainsi les prochaines dynasties vont vouloir l’affermir en le transformant, en faisant de lui un domina dans lequel on ne retrouve plus un prince mais un maître, le dominus.

II. La paix impériale

A. Le temps des empereurs

Vespasien a su profiter de la chute du dernier descendant d’Auguste, Néron, pour s’imposer. Sous son domina la puissance publique est restaurée et les droits de la res publica rétablis, à ceci près que la res publica été absorbée par l’empereur, c’est-à-dire qu’il devient la res publica. En ce sens l’empereur en devient son maître et dans ses discours il se présente maintenant comme le seul à pouvoir la sauver, là où à l’époque Auguste disait l’avoir restitué aux romains. La technique est adroite car elle lie le salut des romains à l’empereur et, par effet d’attraction, à même le confondre avec lui. Ainsi la res publica et l’empereur, devenus indissociables, permet, par le procédé de l’incarnation, de délimiter enfin définitivement le domaine du public dans l’espace et dans le temps. L’objet du gouvernement passe de la res vers les publica et cela justifie la politique impériale, c’est-à-dire l’utilitas publica, l’utilité publique. Celle-ci assure la continuité de l’empire au-delà des crises politiques et successorales.

Bref, en s’imposant, l’utilitas publica va faire disparaître la fameuse libertas de l’aristocratie républicaine à l’époque classique. D’où évidemment des tensions qui vont s’élever entre empereurs et sénateurs, les flaviens vont subir.

Le règne de Titus dure deux ans (79-81 ap JC), et l’évènement le plus notable à cette époque est l’irruption du Vésuve. Que peut-on retenir ? L’empereur a su maintenir l’équilibre précaire mis en place par son père. Mais son frère, qui va lui succéder, va rompre la trêve avec les sénateurs pour rappeler que les aristocrates ne doivent plus gérer la res publica de quelque façon que ce soit. En écartant frontalement les sénateurs, Donitien passe pour un tyran et pour cela passe son temps à défaire des complots qui le visent pour finalement mourir d’un assassinat, organisé par sa femme en 96. Une dynastie commence bien et fini mal. En effet, on ne cherche plus à restaurer l’ancienne république mais à remplacer un empereur par un autre : seule la question du remplacement d’un mauvais empereur reste en suspens – souvent réglé par assassinat. Ainsi les Antonins ( ?? à vérifier) vont remplacer les Flaviens. Nerva, qui a pris part au complot, lui prend sa place. Il va prendre soin de gouverner prudemment, ne va se faire ni le défenseur de la plèbe ni celui du Sénat. Il comprend prosaïquement qu’il doit compter sur des forces multiples qui peuvent le soutenir ou l’affaiblir, il se pose comme un arbitre entre les attentes du Sénat, de la plèbe, de l’armée et des colonies. Le grand mérite de Nerva été d’adopter Trajan et de la désigner comme son successeur.

Par l’adoption il va poser une solution pour le remplacement d’un mauvais empereurs sans passer par un autre : il pose un principe, celui de conserver la paix publique. Nerva voit donc le moyen, par l’adoption, de donner à la république le meilleur pour la diriger.

Ainsi Trajan va adopter Hadrien, et Hadrien va adopter Antonin le pieux. Marc Aurèle lui succède et, à la surprise de tous, Marc Aurèle innove : il prend un associé pour diriger les res publica. Ainsi, avec lui, il y aura deux empereurs sans que l’empire soit divisé en deux pour autant. Marc Aurèle meurt de la peste et son successeur, Commode, va rompre avec ses pères pour prendre parti pour la plèbe. Néanmoins Commode va perde le soutient de la plèbe lorsqu’il va tenter de se prendre pour Hercule et meurt assassiné, et une guerre civile éclate.

B. Le temps des usurpateurs

La crise politique juridique économique et politique du 3è va faire apparaître la fragilité du régime impériale romain. De plus en plus de population jusque là soumises se révoltent.

En 212 l’empereur Caracalla répond à ses soulèvements en accordant la citoyenneté romaine à tous résidents domiciliés dans l’empire pour pouvoir obtenir la citoyenneté romaine.

Il entend refonder les liens qui unissent les étrangers à Rome.

Bref Caracalla veut lier le destin des étrangers avec celui de Rome, plus précisément avec celui de l’empire. Or la cohésion politique romaine ne se distingue pas de la cohésion sociale. Celui-ci repose sur l’unité de la famille qui dépend d’un pater familias, qui domine sa maison, son domus, grâce à son pouvoir de commandement, et ce pouvoir domestique le rend dominus (la maison). Ce faisant le pater familias, dans sa maison, a une double casquette : il détient à la fois dans ses mains le droit privé et le droit public. C’est aussi ce qu’il se passe au niveau de l’empire : l’empereur est le pater familias et ses sujets sont sa famille. Ainsi l’empereur doit défendre son empire comme un pater familias défend sa famille ; c’est pourquoi il est qualifié de pater patria, et tout crime contre sa personne est qualifié de parricide.

L’imbrication des notions est si importante que les romains ont fait dériver le mot patria, patrie, et quand Caracalla fait adhérer les étrangers il les soumet à son pouvoir domestique. Si l’extension de la citoyenneté à ceux qui habitaient l’empire permet de calmer les insurgés, les menaces extérieures n’ont pas disparu.

Les empereurs suivants passent leurs règnes à courir d’une frontière à l’autre pour repousser les envahisseurs mais doivent se remettre souvent à leurs généraux qui en profitent pour usurper le pouvoir.

Pour endiguer ces généraux qui prennent le pouvoir l’empereur Dioclétien propose de repartager le pouvoir comme Arc Aurèle, et la clef de vote du système mis en place est le partage permanent de la dignité impériale contre plusieurs titulaires sous forme de diarchie (deux têtes), et ensuite de tétrarchie (4 têtes).

A la fin de l’année 286 Dioclétien s’associe avec Maximien, qui est lui-même empereur, et lui confère le titre d’Auguste. En 293 il lui donne un auxiliaire, Constance, pour lutter contre un usurpateur qui a pris le pouvoir en Bretagne. Il ne reçoit que le titre de César afin de marquer la position de subordonné par rapport à Maximien Auguste. En 293 Dioclétien s’octroie un auxiliaire également, Galere.

Ainsi on se rend compte que les tétrarques sont des généraux, des militaires, et leurs préoccupations militaires concentrent toutes les attentions. L’empire est partagés en zones de commandement militaire, obsession de la performance militaire, opérationnelle, face aux étrangers qui attaquent aux frontières. Càd au niveau de l’administration civile il n’y a pas de division,et encore moins du gouvernement. Pas de remise en question de l’unité politique. La législation reste commune à tout l’empire, elle émane de Dioclétien qui a le seul pouvoir de faire des édit. Il domine ses collègues, qui lui doivent accès au pouvoir, même si en théorie des deux autres Augustes sont égaux et se tiennent diplomatiquement comme frères.

Dans la tétrarchie un système successoral est mis en place : les auxiliaires doivent remplacer les Augustes quand ils partiront. Les César sont perçus comme les fils des Auguste, et ainsi chaque César devant succéder doit, à son tour devenu Auguste, désigner un César. Intéressant car la tétrarchie apporte une solution au problème de gouvernement et de la succession, mais le problème se pose qu’il y ait une rupture ouvert dans l’unité impériale, chacun des deux Augustes voulant gérer seul sa partie. La tétrarchie ne survit pas à son créateur. Galère et Constance deviennent Augustes et prennent des auxiliaires qui vont rentrer, une fois Augustes, en guerre entre eux, et une nouvelle période de guerres civiles et d’anarchie s’ouvre pour s’arrêter en 312 avec la victoire de Constantin – Constantin est le fils de Constance. Avec Constantin la monarchie du bas Empire prend ses traits définitifs : l’absolutisme, le principe dynastique, le christianisme, le transfert de la capitale à Constantinople et surtout l’orientalisation progressive de l’Empire. A la mort de Constantin ses fils se lancent dans une guerre fratricide pour détemriner à qui reviendra le pouvoir, ce qui permet en 350 à l’empereur Constant de rétablir momentanément l’unité de l’Empire.

Mais des évènements très vite contraignants à restaurer un gouvernement collectif qui est maintenu jusqu’à la mort de Théodose en 395.

Mais la différence d’état d’esprit, à cause notamment de la pression militaire, va conduire à l’implosion de l’Empire : il se disloque en deux parties distinctes qui ne seront plus jamais réunifiées.

Les dernières empereurs d’origine germanique sont plus occupés à défendre les frontières qu’à administrer l’empire ; ce sont les évêques qui le feront. Autrement dit les derniers empereurs, les germains, en donnant aux évêques le pouvoir de l’administration civile, vont institutionnaliser le christianisme, ce qui va permettre de préserver quelques institutions romaines et le souvenir de la res publica, en 476 par le général Odoacre.

Quelle leçon tirer de ce cours et du précédent : à l’inverse des français, les latins et les romains ont toujours tenu la res et la publica distinctes, même s’ils les ont employé dans une expression qui les rend indissociable. Ainsi res publica n’est jamais écrit en un seul mot par les romains : il n’ont pas cherché à faire disparaître ces notions en les fusionnant, mais l’un ou l’autre, selon les évènements, peut apporter des solutions. Res publica en deux mots, mais uni, c’est donner un caractère imprécis, fluctuant, mais ouvert, utile, c’est intelligent.

Or ces caractéristiques se retrouvent dans les définitions modernes et c’est peut-être là l’héritage des romains à l’histoire de la république.

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